‹ ŒuvresChapitre 52 sur 64 · Rued'Kiirer · texte numérisé non relu

Rued'Kiirer

soldais sans auciiii chef, sans un seul officier! Le même garde-franoaise' qui avait monté à l'assaut le premier poursuit M. Delauney, le prend par les cheveux et le fait prisonnier. On l'emmène à l'HiMcl de Ville, on l'assomme sur le chemin. Il était expirant des coups reçus, on l'achève à la Grève et un houcher lui coupe la tête. On la porte au bout d'une pique et on donne la croix de Saint-Louis au gardefrançaise; dans le même temps, on arrête un courrier, on lui trouve dans ses bas une lettre pour le prévôt des marchands; on le conduit à la Ville. Dès le lundi matin, on arrêtait tous les courriers; on portait toutes les lettres à la Ville; celles qui étaient adressées au roi, à la reine et aux ministres, on les décachetait et on en faisait lecture publique. On lut une lettre adressée à M. de Flesselle; on lui disait d'amuser ainsi quelques jours les Parisiens. Il ne put se défendre; le peuple l'arracha de son siège et l'entraîna hors de la salle où il présidait l'assemblée ; et à peine a-t-il descendu l'escalier de l'Hôtel de Ville^ qu'un jeune homme lui appuie son pistolet et lui brûle la cervelle ; on crie : Bi^avof On lui coupe la tête qu'on

1. Claude Arné, grenndier au 3'- bataillon de I^effuveille. (^eux qui se distinguèrent le plus après lui sont HuUin, Élie, Humiiert et Stanislas Maillard. M. Eugène Bonnenière, dans son Histoire des paysans, nous a fait connaître aussi la bravoure admirable d'un de ces vainqueurs de la Bastille, eomnie on les appela. Antoine Bonnemère, ué à Sauniur, et soldat au régiment de Royal-Comtois, se précipita, une hache à la main, sur le premier corps de garde et lança celte hache à Louis Tournay, soldat au régiment Dauphin, qui s'était lancé du toit de la boutique du parfumeur Lechaptois sur le mur de corps de garde placé en avant du pont de l'avancée. On peut dire que ces deux hommes furent pour beaucoup dans la prise de la Bastille. (Eug. Bonnemère, Histoire des paysans, tome 11, p. iiS. 2=^ édit. 1874.)

2. Il s'était échappé par une porte dérobée donnant sur la place Saint-Jean.

met sur une pique, cl j'ai vu de même sur une piijuc son cœur, qu'on a promené dans loul Paris. L'aprèsmidi, on pendit le reste de la garnison pris les armes à la main; on les accrochait au réverbère de la Grève ^. On cria grâce pour quelques-uns et pour tous les invalides. Il y eut aussi quatre ou cinq voleurs pris sur le fait et pendus sur la minute; ce qui consterna les filous au point qu'on les dit tous décampes. Monsieur le lieutenant de police ^ épouvanté de la fin tragique du prévôt, envoya sa démission à l'Hôtel de Ville. Les oppresseurs voulaient s'enfuir tous de Paris; mais il y a eu toujours sur pied, depuis lundi soir, une patrouille de cinquante mille hommes. On n'a laissé sortir personne de la capitale. Toutes les barrières ont été brûlées, et tous les commis sont en déroute, comme bien vous le pensez. Les Suisses, gardes du trésor royal, ont mis bas les armes. On y a trouvé vingt-quatre millions dont la Ville de Paris s'est emparée. Après le coup de main qui venait d'emporter la Bastille, on crut que les troupes campées autour de Paris pourraient bien y entrer, et personne ne se coucha. Cette nuit, toutes les rues étaient éclairées; on jeta dans les .rues des chaises, des tables, des tonneaux, des morceaux de grès, des voitures pour les barricader et casser les jambes des chevaux. Il y eut cette nuit soixante-dix mille hommes sous les armes. Les gardes-françaises faisaient patrouille avec nous. Je montai la garde toute la nuit. Je rencontrai un détachement de hussards, sur les onze heures du soir, qui entrait par la porte Saint-Jacques. Le gendarme qui nous commandait cria : Qui vive! L'officier hus-

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