‹ ŒuvresChapitre 8 sur 64 · A Dubois-Crancé · texte numérisé non relu

A Dubois-Crancé

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Ottaviensi»

peuple la matière de ses délibé râlions et d'enfermer la nation dans le cercle de Popilius. Quelle pitié n'excitera pas cet ordre du jour imposé par les délégués à leurs commettants? comme les assemblées primaires répondront à Vergniaud, Gensonné, Buzot et Brissot: Qui êtes-voiis aujourd'hui? Jgnorez-vous que le pouvoir des représentants cesse du moment que le représenté parait, et que la tiction disparait devant la réalité? Cette maxime que répète J.-J. Rousseau est si triviale, si incontestable, que même dans les plus beaux jours du règne de l'aristocratie, c'est-à-dire du temps du sénat de Rome, tout l'orgueil des pères conscrits n'avait pu en obscurcir l'évidence, et il ne pouvait pas y avoir d'assemblée du sénat le jour des comices, le peuple ne pouvant rocmiBaîlr^ un autre pouvoir coexistant et une autre volonlé à côté de la sienne, du moment où il se lève et étend sur tout l'empire sa main souveraine.

C'est donc une précaution dérisoire contre les dangers d'une guerre civile, que de restreindre les assemblées primaires dans la délibération sur la peine à infliger. Combien j'ai déjà montré qu'il pouvait naître de discussions de cette seule question, quand on recueillera les voix? Que sera-ce donc si les assemblées primaires sortent de la question? Si elles se disent, comme elles en ont le droit, comme le bon sens ne manquera pas de leur indiquer, et la liste civile des puissances étrangères de le leur suggérer: Nous ne pouvons prononcer sur la peine sans une discussion sur le délit? Qui les empêchera de réviser la procédure en entier, de discuter si Louis n'est pas inviolable, et peut-être si le retour de la monarchie ne convient pas mieux à la France? Déjà, malgré votre décret qui prononce la peine de mort contre quiconque

DISCOURS DIVERS. lOl

inoposera le rétablissement de la royauté, no sommesnous pas inondés d'écrits où on soutient que la république n'est que />roy«so2Ve? Doutez-vous qu'il ne se trouve de mauvais citoyens qui plaident la cause de la royauté en même temps que celle du roi, dans vos assemblées primaires, du moins dans quelques-unes de ces assemblées, où vous aviez de moins cent mille patriotes qui ont péri aux frontières, et de plus, deux cent mille, ou aristocrates qui, n'espérant plus de lennemi du dehors, attendent tout de l'ennemi du dedans, et se rendent dans leurs sections, ou émigrés qui rentrent de toutes parts, dont Paris est plein, et qui, dépouillés de tout, combattront en désespérés pour le retour de la monarchie et de leur fortune.

Allez dans les lieux publics, entendez comme ils ont déjà repris toute leur audace du mois de juillet 1792, comme ils traitent la Convention d'assemblée de brigands et de scélérats; comme ils répètent que la république n'est que provisoire; comme ils ne prennent pas la peine de dissimuler leurs espérances du rétablissement de la royauté, comme ils demandent aussi à grands cris, avec Buzot, Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné, l'appel au peuple du jugement de Louis XVI et de la journée du 10 août! Comment donc un patriote peut-il ainsi vouloir, avec cette multitude de tisons de royalisme, incendier nos sections, veuves de réi)ublicains?

Ainsi donc, cent mille de nos frères morts n'auront versé leur sang que pour laisser aux aristocrates le champ libre et la domination des assemblées primaires! Non, ce n'est point lorsque les plus généreux défenseurs de la république l'ont scellée de leur sang, qu'on peut remettre en question la république. Les choses ne sont plus entières, et quand l'épée est tirée,

la discussion ne peiil êlre ouverte; ou bien, si vous appelez à la nation sur le crime du tyran cl sur la république, si vous voulez compter les voix, faites revivre les héros du 14 juillet et du 10 août, de Valmy et de Jemmapes.

J'ai montré la liaison de toutes ces questions. J'ai fait voir qu'elle^ découlaient toutes de l'appel au peuple, qu'on vous propose. J'ai montré qu'appeler au peuple c'était convoquer tous les royalistes, tous les Feuillants, tous les intrigants, tous les fanatiques, tous les agitateurs, tous les émissaires des cours, à souffler la guerre civile, à démembrer l'empire et à se disputer à l'envi les ducats, les piastres et les guinées des rois. Ne pas voir toutes ces suites inévitables d'un appel au peuple, quelle impolitique! Les voir, el cependant les proposer, quelle trahison!

Maintenant je demande si la fureur ingénieuse de Pitt et de Galonné contre la révolution pouvait leur inspirer une motion plus infernale? Je demande si c'est le discours d'un Malouet, c^ue Salle nous a lu, comme il lisait contre son opinion, dit-il (ce qui est encore bien plus lâche), le rapport d'un Chapelier, le lendemain du massacre du Champ de Mars?

Et, remarquez bien, citoyens, dans quelle cii'constance on provoque cet appel au peuple, que le peuple ne revendique point. C'est lorsque les tyrans d'Europe, voyant qu'ils sont perdus, s'ils ne nous perdent ; voyant, comme le disait dernièrement le lord Lougborough, à la Chambre des Pairs ; Que voire décret du 1o novembre est hostile contre tous les gouvernements^ et distribue à tous les rebelles des poignards sur la lame desquels est écrit: Point de rois! Instruits dans les plaines de Champagne et de Mons qu'ils feront plus contre vous avec vingt millions employés à remuer la

corruption, qu'avec un milliard employé à de nouvelles campagnes, ils s'occupent bien moins à lever des soldats que des agitateurs. Par ce mot, on sent bien que je ne désigne point ici ceux qu'on appelle de ce nom depuis quatre mois, comme Mirabeau et La Fayette appelaient les Jacobins des factieux; on sent bien que je ne désigne point ces prétendus agitateurs, ces prétendus émissaires des despotes, qui sont l'exécration des despotes, mais ces véritables agitateurs, ces véritables désorganisateurs , ces bons amis de Pitt, dont les papiers ministériels anglais font l'éloge, et que Pitt, à la Chambre des communes, appelait des honnêtes gens. Il est inconcevable qu'on n'ait pas fait ici plus d'attention à une phrase du discours de ce ministre à la Chambre des communes, dans la séance du 22 décembre.

« La Chambre peut être convaincue, disait-il, que tous les moyens imaginables ont été employés pour détourner de dessus la tête de Louis XVI le sort atïreux qui le menace, ainsi que sa famille, et que tous les honnêtes gens doivent conjurer; mais il y a dans l'Assemblée des hommes cruels et inflexibles; et ces moyens ont été sans fruit. » Pitt ne pouvait pas être assez ennemi de ses amis, pour dire, en termes exprès : J'ai réussi à corrompre la Convention. Mais si nous traduisons en style familier ce langage ministériel et diplomatique, n'est-ce pas dire clairement:

« Vous ne me demanderez pas, Messieurs, compte des dépenses secrètes. Vous sentez que le roi d'Angleterre et tous les potentats ont dû épuiser plutôt leurs trésors à solliciter efficacement dans le procès de leur cousin Louis Capet, et à empêcher un arrêt de mort qui lui serait commun et à toutes les têtes couronnées. Aussi Dundas et moi n'y avons pas épargné les

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guinées, ci tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans la Convention en a rempli ses poches. On trouve de ces messieurs, comme le dit Sainte-Foy, tout autres dans le têle-à-lôle que dans l'Assemblée, et s'ils sont trop avancés pour ne pas condamner à mort, du moins voleront-ils pour l'appel au peuple; ce qui fait encore bien mieux nos affaires. Cependant je ne peux pas vous dissimuler que j'ai trouve dans la Convention beaucoup d'hommes cruels et inflexibles et autour de qui j'ai vainement tourné, avec nos billets de banque et nos guinées éblouissantes. »

N'est-ce point là pour le lecteur, à qui il n'est pas besoin de tout dire, la signification probable du discours officiel de Pilt? Grâce au ciel, le peuple français peut donc mieux espérer de nous! Nous ne sommes pas aussi pervers que les deux Assemblées précédentes, et il y a parmi nous beaucoup d'hommes que Pitt appelle ci^uels et inflexibles, comme on appelait Brutus, comme on appelait Caton, c'est-à-dire intraitables et incorruptibles.

Cependant je frémis, quand venant à réfléchir à cette urgence, pour les tyrans, de bouleverser la République ; songeant à la corruption de nos mœurs et à notre égoïsme, je crois voir rôder tous ces tyrans et leurs agents de corruption dans nos villes maritimes, influencer dans les sociétés des Jacobins, dans nos armées, dans nos murs, et surtout dans la Convention, partout y acheter à tout prix tout ce qui n'est pas incorruptible, s'adresser tour à tour au royalisme, à la cupidité, à la peur, au fanatisme, à Tamour-proprc, à la jalousie, à la haine, au patriotisme même qu'ils égarent, et liguer, coaliser tous ces intérêts, toutes ces passions, contre notre patrie : « Combien vous faut-il, vous, pour empêcher que tous les rois ne

soient condamnés à réchafaud el effigies en un seul, pour faire des efforts pour le roi, en attendant que vous puissiez faire des vœux pour la royauté? Et vous, pour calomnier la ville à un million d'yeux en présence de qui il vous sera impossible de faire jamais une constitution aristocratique? Combien voulez-vous pour perdre cettcville, la terreurdesintrigants?Etvous pour dissoudre et désaflîlier cette coalition des sociétés des Jacobins, la terreur des Rois? Et vous, pour faire fleurir votre déparlement et transporter la Convention à Bordeaux? Et vous, pour vous venger de ceux qui vous ont démasqués, en vous aidant à renverser en eux les soutiens de la République? Et vous, pour perdre ceux qui n'oublieront jamais vos négociations avec Tbierry et Sainte-Foy, et votre opposition à la journée du 10 août? Et vous, agitateurs de popularité, commerçants de patriotisme, pour perdre ceux qui vous ont forcés d'être sérieusement républicains, et qui par là vous ont ravi vos spéculations sur la liste civile, que voulez-vous pour vous en venger en les poursuivant pour les journées des 2 et 3 septembre ', à laquelle vous savez bien que les députés de Paris n'ont point eu de part, dont ils se sont cent fois justifiés victorieusement, et pour renouveler contre les

patriotes la procédure des o et 6 octobre?

Et vous, juges pusillanimes, qui avez devant les yeux la fin tragique des juges de Charles I", combien voulez-vous pour vous guérir de la peur, pour vous décharger de la responsabilité par l'appel au peuple, et dans tous les cas vous ménager une retraite à Londres, en secondant Pitt à obtenir cet appel?

Et vous, hypocrites, d'une philosophie à conlre-

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