M. SIMONET
ou LA PUISSANCE DE L'ECONOMIE*
(Bioî^raphic cVnn savaul)
ONSiEUR Si MON ET était fils d'un pauvre fermier des environs de Falaise; et il aurait //IW vécu ignoré en Basse-Normandie, comme son père, si un vif entraînement et des circonstances heureuses ne l'avaient jeté dans une autre carrière.
Par une sorte d'instinct, il commença ses études sans maîtres et presque sans livres. Un brave curé,
* Ce petit conte est extrait du roman publié plus loin et qui termine ce volume; il se compose de fragments épars dans le roman et et que l'auteur avait réunis en les reliant ensemble, pour en composer une nouvelle qu'il fit paraître à part. Il a semblé, puisqu'ainsi présentée cette nouvelle prenait une forme indépendante, qu'il convenait de lui garder ce caractère spécial, et de la publier sous cette forme, indépendamment du roman d'où elle est tirée.
témoin de dispositions si rares, le prit en affection et obtint pour lui une bourse dans un séminaire. Placé sur ce terrain et animé de l'amour du travail, Simonet se méprit sur ses sentiments. Tant qu'il eut ses classes à faire, il se crut de très bonne foi appelé à la prêtrise; mais le jour où il eut fini sa rhétorique, il s'aperçut tout à coup que la vocation lui manquait.
Il était trop bien élevé pour conduire une charrue, et son père était trop pauvre pour le nourrir dans l'oisiveté. On lui proposa d'aller à Paris, et il accepta. Pour un jeune homme, Paris c'est l'inconnu, c'est l'espérance, c'est tout un avenir!
Il partit gaîment de Falaise, possédant, pour ressource unique, le montant des semaines qu'il avait reçues au séminaire pendant six ans. Pendant six ans, le pauvre enfant avait eu le courage de n'y pas toucher, et l'on put prévoir, dès lors, qu'il ne serait pas prodigue. Chacune de ses semaines se composait de la modique somme de dix centimes. Ainsi accumulées pendant toute la durée de ses études, elles formaient, au moment actuel, un capital d'environ trente francs. C'est avec cette faible somme qu'il se mit en chemin ; à son arrivée, elle était presque intacte; car, durant la route il avait peu mangé et toujours marché.
11 fit son entrée dans la grande ville, apportant avec lui son petit trésor et une lettre pour M. de Saint- Fresne, alors fermier général. Ce vieillard l'accueillit fort bien, et lui offrit une chambre, en attendant qu'il lui découvrît un emploi. Mais Simonet n'était pas homme à abandonner une position prise; en obtenant