‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 22 sur 54 · LES S'-SIMONIENS, LES FEMMES, LA PATERNITÉ · texte numérisé non relu

LES S'-SIMONIENS, LES FEMMES, LA PATERNITÉ

ses travaux! Novateurs insensés! Qu'est-ce à dire, et comment tiendrez-vous votre promesse? Donnerezvous à la femme notre vigueur et notre taille ? Lui ôterezvous ses infirmités? Supprimerez-vous ses grossesses, ou nous ferez-vous, en ce genre, alterner avec elle? Ne voyez-vous pas que la force des choses a tracé invinciblement la division des travaux, qu'elle a donné à l'homme une supériorité matérielle? L'inégalité étant un fait a dû nécessairement devenir un droit. On peut disputer sur le plus ou le moins, on peut demander quelques modifications à notre législation actuelle; mais il faut admettre la ligne de démarcation, puisqu'elle est une nécessité physique, La seule égalité possible, depuis longtemps la femme la possède. Elle est notre égale par l'amour, par l'intimité, par la confiance, elle l'est par les trésors de bonheur qu'elle répand sur notre existence. Cette position lui suffit, ne cherchez pas à lui en donner une autre.

Après avoir défendu ce qui est, examinons ce qui, suivant eux, devrait être. Ces prétendus amis du sexe féminin, qui trouvent qu'on lui a fait une trop petite part, comment le traitent-ils dans leur plan de société nouvelle, et que veulent-ils substituer à ce que nous avons? On lit dans leur Évangile, dans le Glol>e du 29 décembre dernier : « Par sa fécondité, la femme tient à l'industrie, par ses charmes aux beaux-arts. »

Ainsi, d'après ces galans doctrinaires, la femme est une machine à enfans et une mère est une industrielle / N'est-ce pas là nous ravaler jusqu'à la brute? Nous doutons que nos aimables compagnes veuillent s'élever

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à rémancipation qu'on leur promet; elles préféreront, j'en suis sûr, leur abrutissement d'aujourd'hui.

Les insensés ! lis veulent, disent-ils, relever la femme, et ils l'empêchent d'être mère! Ils l'en empêchent, car ils lui ôtent ses enfans, car ils abolissent la propriété et la succession pour les donner à l'État. La maternité, sachez-le bien, n'est pas dans l'acte de production; elle est dans ces petits soins de tous les jours, dans ces préoccupations de toutes les heures qui tourmentent et embellissent la vie ; elle est surtout dans le droit de veiller et de pourvoir à l'avenir de ses enfans. Vous détruisez tout cela en détruisant l'héritage, en déclarant que tout est à tous, et que le prix du travail de chacun viendra s'engloutir dans la grande Caisse sur laquelle le Père Suprême est assis. Rêveurs que vous êtes, vous défendez aux enfans d'hériter de leurs pères! Défendez donc aussi aux pères d'aimer leurs enfans; défendez aux mères d'avoir des entrailles de mères. Ce sentiment que vous niez, l'homme de tous les pays, de tous les temps, de toutes les couleurs, le porte gravé dans son sein. 11 est inné, il est indestructible, il est impérieux comme la faim, comme l'horreur de la souffrance.

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