‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 24 sur 54 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

A cette signification, voici la réponse :

« Madame la Duchesse,

« J'ai l'honneur d'informer votre Altesse Royale qu'il n'y a de place à donner, dans mon administration, que la mienne. »

L'affaire ne devait point se terminer là. Quelques jours après, il parut, dans la feuille officielle, une ordonnance royale, portant nomination des cinq candidats aux postes les plus élevés des contributions indirectes. Aussitôt que M. Bérenger en eut connaissance, U demanda sa voiture, se rendit aux Tuileries, et donna au roi sa démission, en la motivant. Louis XVIII, un moment surpris, se frotta le front, et dit en souriant : « Calmez-vous, Bérenger, il ne faut pas que deux amis se brouillent pour si peu de chose : il y aura demain un erratum au Moniteur. »

La rapide succession des événemens, la révolution du 20 mars et la seconde invasion, inspirèrent à M. Bérenger un profond dégoût de la carrière politique. 11 renonça, dès lors, à tout emploi administratif, et, malgré les offres les plus séduisantes, se borna aux paisibles fonctions de Conseiller d'État. Souvent même il voulut les quitter; mais on lui opposa toujours la plus honorable résistance. Les hommes d'État de la branche aînée ne l'aimaient pas; mais ils tenaient (ce sont les expressions de l'un d'eux) à apprendre, en l'écoutant, jusqu'où ils pouvaient aller sans se perdre; et, quant à la dynastie qui vint ensuite, elle recherchait en lui

la tradition vivante et éloquente du passé. Ainsi, il fut conservé comme obstacle par les uns, et comme oracle par les autres.

Depuis sept ou huit années, M. Bérenger, dont la santé s'altérait graduellement, ne prenait plus part aux discussions du Conseil; et, dans ces derniers temps, il s'était retiré à la campagne. C'est là que ses brillantes facultés se sont éteintes; c'est là qu'il a achevé de mourir, à quatre-vingt-trois ans, estimé de tous et adoré de ses enfans.

On s'étonnera peut-être que l'éloge de cet administrateur éminent soit sorti de la bouche d'un modeste homme de lettres; mais une circonstance me servira d'excuse. Admis pendant trente-quatre ans dans son intimité et dans celle de sa famille, j'ai été plus à même qu'un autre d'apprécier ses qualités élevées. J'ai passé une partie de ma vie à écouter sa conversation et à admirer son caractère.

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