LETTRES
/lu Général Lebreton.
RAVO, mille fois bravo, mon cher Lebreton! Vous avez été courageux aux barricades et courageux à la tribune; vous .N£?^l^ avez terrassé l'émeute, et, au risque de déplaire, vous voulez, comme législateur, en prévenir le retour et sauver l'ordre social. Comme ami, comme Français, comme homme, je vous en fais mon compliment. Continuez votre œuvre, faites-nous les révélations promises, et aidez énergiquement l'Assemblée à poursuivre les coupables, quels qu'ils soyent.
Je suis parti ce matin à sept heures, pour aller vous serrer la main; la revue des gardes nationales m'a arrêté au passage.
Amitiés, estime, et félicitations bien sincères.
P.-S. — J'ai su par des gardes nationaux que vous
Il6 MÉLANGES
VOUS étiez admirablement conduit au Clos Saint-Lazare et ailleurs.
Ju statuaire Gayrard.
Mon cher Gavrard,
Je viens de faire la plus lourde bévue, et j'ai besoin de vous pour m'aider à la réparer. Moi, qui ai mérité, au Collège, des prix d'algèbre et de géométrie, je ne sais plus l'arithmétique. Je croyais avoir invité douze personnes pour ce soir ; et à l'instant même, en écrivant les noms sur des cartes, j'ai découvert avec effroi que j'en avais invité treize! !! ! Comment cela s'est-il fait? Sans doute, j'ai oublié de me compter, parce que je suis modeste. Pour y remédier, ma pauvre femme m'a offert d'être malade ; mais le moyen est inadmissible. Dans cette extrémité, et vu l'urgence, j'ai pensé devoir recourir à mon ami le plus intime. Il n'y a que vous au monde, mon cher Gayrard, à qui je puisse adresser une semblable supplique; et je le fais avec douleur, mais avec confiance. Ce qui m'enhardit, c'est que vous êtes sûr de mon amitié, et que je suis sûr de votre bon caractère. Je viens donc vous demander humblement et affectueusement de ne pas vous regarder comme invité pour aujourd'hui et d'arriver à six heures un des jours qui suivront, pour me serrer la main et me dire que vous ne m'en voulez pas.
Mille regrets, mille excuses, mille amitiés.
Ce jeudi ^o avril.
Au statuaire Gayrard.
Mon cher Gayrard,
Nous ouvrons, jeudi prochain, le magnifique et odorant fromage que nous devons à votre munificence, et nous désirons que vous assistiez à cette touchante cérémonie. Venez donc, je vous prie, dîner, ce jourlà, avec nous en famille. Votre filleule vous présente sa pétition à ce sujet, et nous y joignons nos apostilles.
A vous de cœur.
Ce ItiihU 21 novembre.
Au statuaire Gayrard.
Mon cher Gayrard,
Vous m'abandonnez au milieu de ma crise; je ne reconnais pas là votre vieille amitié. Vous m'aviez prorais beaucoup de choses, et ne m'avez donné de nouvelles d'aucune. Cela n'est pas bien. Pourtant, je vais vous prouver que je ne vous en veux pas; je vais vous demander un nouveau service. M. Jay pense que si l'on disait au vieillard de la rue de Gaillon que je suis rédacteur en chef du Constitutionnel régénéré, cela réveillerait son affection pour moi. Or, c'est demain mercredi; son salon est ouvert. Il faut, entendez-vous bien, il faut, que vous voyiez aujour-
d'hui mardi M. Émilien, et que vous obteniez de lui la promesse d'aller demain soir glisser à l'oreille du bonhomme les mots cabalistiques dont j'attends le plus merveilleux effet.
Je compte sur vous et ne vous pardonne qu'à condition que vous allez vous exécuter de bonne grâce. Songez qu'après-demain est le jour fatal.
Amitiés.
P. -S. — On aime beaucoup l'encens, rue de Gaillon ; on le hume.
/l sa fille, à la suite d'une lettre adressée à sa femme.
Ma bien bonne amie,
Je ne veux pas laisser partir cette lettre sans y joindre un mot de tendresse pour ma petite fille. J'ai éré bien heureux d'apprendre qu'elle est gentille et respectueuse pour sa petite mère.
Continue, mon enfant, à te bien conduire; et je t'aimerai davantage encore, si cela est possible. Tu serais bien ingrate, si tu ne faisais rien pour un petit père qui t'adore. Je pense à toi le jour, et la nuit je rêve de toi.
Madame Dret vient de m'interrompre pour m'apporter deux bouquets. Ces deux bouquets, ma petite Mimire, me sont offerts par les machinistes et par les garçons du Théâtre-Français, à l'occasi^on du succès de ma comédie du Bachelier. Si ma petite fille était ici,
c'est elle que je chargerais du soin de mettre ces bouquets dans l'eau. Pendant son absence, c'est madame Dret qui va me rendre ce service. Mais, dans ma pensée, c'est toujours à Mimire que je destine ces fleurs; c'est à elle qu'elles appartiennent, et je lui en offre un échantillon. Elle trouvera dans ma lettre quelques feuilles, que je la prie d'accepter et de présenter à sa petite mère. Hier, ma pièce a eu beaucoup de succès, mon enfant. M. Bouchet a joué le principal rôle; tout le monde a crié bravo! bravo! et a bien applaudi. Ton parrain, ton amie Adèle, le Général Lebreton et le gros représentant ont assisté à cette soirée. Quand Mimire sera plus grande, elle ira voir les ouvrages de son père. En attendant, elle n'a qu'un devoir à remplir, c'est de le rendre heureux; et, pour le rendre heureux, elle n'a qu'une chose à faire, c'est de l'aimer de tout son cœur et d'aimer sa petite mère. Je baise tendrement ma fille sur son front, sur ses joues et sur ses cheveux blonds. Adieu.