‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 27 sur 54 · LE VOLEUR PAR HUMANITE · texte numérisé non relu

LE VOLEUR PAR HUMANITE

ÉTAIT par un beau jour de septembre, j'errais Pensif et désœuvré dans le fond du Marais. J'aperçois un hôtel entr'ouvert; je m'arrête. Le rossignol en main, j'entre et me mets en quête ; J'arrive à petit bruit dans la salle à manger, Et prends tous les couverts dont je puis me charger. Huit ou dix jours après, joyeux de mon aubaine. Au cabaret voisin le hasard me ramène.

Pour savoir si déjà le fait est éclairci, Je m'adresse au marchand : Quelle nouvelle ici? — Ah! monsieur, répond-il d'une voix gémissante, Bien triste! Le portier du numéro soixante, Qui, depuis vingt-cinq ans, habitait la maison. Vient de voler son maître; on l'a mis en prison. A ces mots, sur mon cœur tombe un poids qui m'assomme, Je dis : J'ai fait le mal, je sauverai cet homme.

Mais, demandai-je alors, en est-il bien l'auteur?

Les faits sont-ils prouvés? — Hélas! le successeur

A pris possession la semaine dernière.

— Le successeur ! . . . Ce mot fut un trait de lumière.

Je m'éloigne, et pendant que le nouveau portier

Causait avec quelqu'un, je me glisse au premier.

Développant soudain toute mon industrie,

Je crochette; je vais, guidé par mes remords,

A l'armoire où l'on a placé l'argenterie;

J'ouvre bien doucement... je prends le reste et sors.

Vivement.

Vous tous qui m'écoutez, vous jugez bien peut-être, Qu'après un si beau coup, le lendemain matin. J'accourus essoufflé chez le marchand de vin. Oh! l'honnête bourgeois I En me voyant paraître, 11 me sourit de loin et se mita crier : Il n'était point coupable, il n'est plus prisonnier!... Un vol commis hier prouve son innocence!... J'eus alors un moment de pure jouissance, Et je me dis tout bas, avec émotion, En essuyant mes pleurs : une bonne action A donc toujours sa récompense.

Page 1