LE DOGUE ET LA JOLIE FEMME
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POUX depuis deux ans d'une femme adorée, Résicourt est forcé de quitter la contrée; Humide encor des pleurs qu'on a versés sur lui, Il est jaloux, l'ingrat! il part rongé d'ennui. Pendant qu'il s'abandonne à ce soupçon injuste, Il rencontre son frère au bout du parc : « Auguste, Je suis très malheureux de ne songer à rien ! Va trouver sur-le-champ ma femme, dis-lui bien Que je l'estime fort, que je la sais fidèle, Mais fais-lui, de ma part, la défense formelle D'avoir aucun rapport avec son grand cousin! »
Auguste trouve Adèle en un profond chagrin.
Il s'approche, et, du ton que le message inspire :
« Mon frère vous défend. — • Me défend? qu'est-ce à dire?
— Mon frère vous défend d'avoir aucun rapport
Avec... — Avec? parlez! parlez! — Avec Mylord. »
Cette allocution est à peine entendue
Que les pleurs sont sèches, la douleur suspendue.
— Eh! quelestceMylord? — C'est le chien du fermier.
Adèle, en écoutant, se sent humilier,
A cette impression succède la colère,
C'en est fait : le sommeil a fui sa paupière.
Son bonheur est détruit!... Renoncer à Mylord,
Qu'elle n'a jamais vu, plutôt cent fois la mort!
Bien décidée à vivre, au point du jour Adèle
Entre à la basse-cour en peignoir de dentelle.
Elle pose, d'un pied délicat et mutin,
Sur l'immonde fumier son soulier de satin.
Tout à coup, ô terreur! le dogue la découvre;
Son poil s'est hérissé, sa gueule immense s'ouvre.
Et la cour retentit de son rauque aboiement.
La jeune femme tremble et s'arrête un moment;
Puis elle dit : « Mylord... » d'une voix altérée.
Il agite sa queue, Adèle est rassurée.
Elle s'approche, hésite, et puis s'approche encor
Et de sa blanche main offre un os à Mylord.
Cet os est accepté, la connaissance est faite,
Et, depuis ce moment, l'intimité parfaite.
Aussi, deux ou trois fois avant la fin du jour,
La séduisante veuve entre à la basse-cour.
Le lendemain, Mylord l'a tellement charmée,
Qu'elle ne quitte plus la niche bien-aimée.
Le lendemain, Mylord est admis au salon.
Et sur le canapé s'étend tout de son long.
Le lendemain enfin, elle se met en tête