DERVILLE, CHARLES
CHARLES
Puisque Franval nous quitte, Et que nous sommes seuls, il faut que j'en profite Pour te parler sans feinte, et pour t'ouvrir mon cœur.
DE rville, acclamant.
Ce début nous promet; poursuivez, orateur.
CHARLES
Ta femme, mon ami, mérite qu'on l'adore, Et c'est avec chagrin que je te vois...
DERVILLE, l'interrompant.
Encore.
Ces gens se sont donné le mot assurément, Et je ne conçois pas un tel acharnement.
2fO LE MARI A BONNES FORTUNES
Quoi! pour être l'époux d'une femme qui m'aime, Faut-il donc qu'à jamais je renonce à moi-même? Dois-je éteindre ma vie? et pour être moral, En faire un tête-à-tête éternel... conjugal!!!
CHARLES
Ce n'est pas là, mon cher, ce que j'ai voulu dire, Et tu me comprends mal, sans doute, ou tu veux rire. Tour plus d'une raison, j'ai, du moins je le croi, Le droit d'intervenir entre ta femme et toi : Dès long-temps je te porte une amitié sincère, Et je suis son parent, j'allais dire son frère. Au nom du sentiment, qui nous unit tous trois, Ecoute la raison pour la première fois.
dervil le, riant.
Pour la première fois?
CHARLES
Des torts de ta conduite Adèle sûrement n'est pas encore instruite; Mais d'un moment à l'autre, elle peut tout savoir. Par exemple, aujourd'hui, songe à son désespoir, Songe à l'état affreux d'une épouse qui t'aime, Si cet homme eût été plus maître de lui-même, S'il t'avait, sous mes yeux, atteint mortellement, Si je t'avais ici ramené tout sanglant! !... C'est dans ton intérêt, dans celui de ta femme Que j'ose te parler; je m'adresse à ton âme. Ah! peut-on affliger un être aussi charmant! Peut-on la délaisser? tiens, oublie un moment Et le nom qu'elle porte, et le nœud qui vous lie; Et tu verras en elle une femme accomplie, Qui possède les dons de l'esprit et du cœur,