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LE CHASSEUR ET LA LAITIÈRE

Air :

L'alouette à peine éveillée Chante l'aurore d'un beau jour; Suis le chasseur sous la feuillée, Laitière; il parlera d'amour.

Dans la rosée allons, ma chère, Cueillir pour toi fleurs du printemps.

— Non, beau chasseur, je crains ma mère. Je ne veux pas perdre mon temps.

Ta mère et sa chèvre fidèle Sont loin derrière ce coteau.

Ecoute une chanson nouvelle Qui vient des dames du château Fille qui la peut faire entendre

r58 CHANSOÎSS DE DÉRANGER.

Doit fixer ies plus inconstants.

— Chasseur, j'en sais une aussi tendre.

Je ne veux pas perdre mon temps.

Pour la dire apprends l'aventure Du spectre d'un baron jaloux, Entraînant à sa sépulture La beauté dont il fut l'époux.

Ce récit, quand la nuit est noire, Fait frissonner les assistants.

— Chasseur, je connais cette histoire.

Je ne veux pas perdre mon temps.

Je puis t'enseigner des prières Pour charmer la fureur des loups, Ou pour conjurer des sorcières fj'œil malfaisant tourné vers nous.

Crains qu une vieille , en sa misère, Ne jette un sort sur ton printemps.

— Cliasseur, n'ai-je pas un rosaire ?

Je ne veux pas perdre mon temps.

CHANSONS DE DERANGER. loi)

Eh bien! vois cette croix qui brille; Compte ses rubis précieux.

Sur le sein d'une jeune fille Elle attirerait tous les yeux.

Prends-la malgré ce qu'elle coûte; Mais songe au prix que j'en attends!

-Qu'elle est belle! ah! je vous écoute. Ce n'est pas là perdre mon temps.

IGO

CHANvSONS DE DERANGER.

BONSOIR

COUPLETS

A m. LA19NEY, IMPIUMEl'H A PF.RONNE.

Air «le la République. <■ .

Mon cher Laisney, trinquons, trinquons encore A nos beaux jours promptement écoulés.

Gomme ils sont loin les feux de notre aurore ! Que de plaisirs avec eux envolés !

Mais de regrets faut-il qu'on se repaisse? Non ; la gaîté nourrit encor l'espoir.

Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Cinquante hivers ont passé sur ta tête; J'ai de bien près cheminé sur tes pas.

Mais ces hivers ont eu leurs jours de fête; Tout ne fut point aquilons et frimas.

Aurions-nous mieux employé la jeunesse, Vécu moins vite avec un riche avoir?

Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Dans l'art des vers c'est toi qui fus mon maître ; Je t'effaçai sans te rendre jaloux.

Si les seuls fruits que pour nous Dieu fit naître Sont des chansons, ces fruits sont assez doux. Dans nos refrains que le passé renaisse; L'illusion nous rendra son miroir.

Mon vieil ami, qiiand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous im gai bonsoir.

Reposons-nous ; car les Amours, sans doute , Pour qui jadis nous avons tant marché.

Nous crîraient tous, s'ils nous trouvaient en route : Allez dormir, le soleil est couché.

Mais l'Amitié, l'ombre fût-elle épaisse.

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