‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 219 sur 785 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

MONSIEUR DE SOTENVILEE. Et Ift faisOll , 11)011 gPlldl'C?

madame de sotf.n ville. Quoi! parler ainsi d’une chose dont vous avez tiré de si grands avantages!

gf.orge dandin. Et quels avantages, madame, puisque madame y a? L’aventure n’a pas été mauvaise pour vous; car, sans moi, vos affaires, avec votre permission, étoient fort délabrées, et mon argent a ser\i à reboucher d’assez bons trous; mais, moi, de quoi y ai-je profité, je vous prie, que d’un allongement de nom, et, au lieu de George Dandin, d’avoir reçu par vous le titre de monsieur de la Dandinière?

monsieur df. sotenville. Ne comptez-vous pour rien, mon gendre, l’avantage d’être allié à la maison de Sotenville?

madame de sotenville. Et à celle de la Prudoterie, dont j’ai l’honneur d’être issue; maison où le ventre anoblit, et qui, par ce beau privilège, rendra vos enfants gentilshommes?

2 58 GEORGE Ü AN DI N

georce gandin. Oui, voilà qui est Rien , mes enfants seront gentilshommes; mais je serai cocu, moi, si l’on n’y met ordre. monsieur de sotenville. Que veut dire cela, mon gendre? georce dandin. Cela veut dire que votre lille ne vit pas comme il faut qu’une femme vive, et qu’elle fait des choses qui sont contre l’honneur. madame de sotenville. Tout beau! Prenez garde à ce que vous dites. Ma lille est d’une race trop pleine de vertu, pour se porter jamais à faire aucune chose dont l’honnêteté soit blessée; et, de la maison de la Prudoterie, il y a plus de trois cents ans qu’on n’a point remarqué qu’il y ait eu de femme, dieu merci, qui ait fait parler d’elle. monsieur de sotenville. Corbleu! dans la maison de Sotenville, on n’a jamais vu de coquette; et la bravoure n’y est pas plus héréditaire aux mâles, que la chasteté aux femelles. madame de sotenville. Nous avons eu une Jacqueline de la Prudoterie, qui ne voulut jamais être la maîtresse d’un duc et pair, gouverneur de notre province.

monsieur de sotenville. U y a eu une Mathurine de Sotenville, qui refusa vingt mille écus d’un favori du roi, qui ne lui demandoit seulement que la faveur de lui parler.

george dandin. Oh bien! votre fille n’est pas si difficile que cela; et elle s’est apprivoisée depuis qu’elle est chez moi. monsieur de sotenville. Expliquez-vous, mon gendre. Nous ne sommes point gens à la supporter dans de mauvaises actions, et nous serons les premiers, sa mère et moi, à vous en faire la justice. madame de sotenville. Nous n’entendons point raillerie sur les matières de l’honneur; et nous l’avons élevée dans toute la sévérité possible. george dandin. Tout ce que je vous puis dire , c’est qu’il y a ici un certain courtisan, que vous avez vu, qui est amoureux d’elle à ma barbe, et qui lui a fait faire des protestations d’amour qu’elle a très-humainement écoutées.

madame de sotenville. Jour de dieu! je l’étranglerois de mes propres mains, s’il falloit qu’elle forlignât de l’honnêteté de sa mère. monsieur de sotenville. Corbleu ! je lui passerois mon épée au travers du corps, à elle et au galant, si elle avoit forfait à son honneur. george dandin. Je vous ai dit ce qui se passe, pour vous faire mes plaintes;

et je vous demande raison de cette affaire-là. monsieur de sotenville. Ne vous tourmentez point: je vous la ferai de tous deux; et je suis homme pour serrer le bouton à qui que ce puisse être. Mais êtes-vous bien sûr de ce que vous nous dites ? george dandin. Très-sûr.

monsieur de sotenville. Prenez bien garde, au moins; car, entre gentilshommes, ce sont des choses chatouilleuses; et il n’est pas question d’aller faire ici un pas de clerc.

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