ACTE 1, SCÈNE V
monsieur de pouRCF.AUGN .\c , à Sbrigani. Monsieur, je vous suis infiniment oblige.
sbrigani. Je suis fâché, monsieur, de voir recevoir de la sorte une personne comme vous; et je vous demande pardon pour la ville. monsieur de rouRCEAUCNAC. Je suis votre serviteur.
shrigani. Je vous ai vu ce matin, monsieur, avec le coche, lorsque vous avez déjeuné; et la grâce avec laquelle vous mangiez votre pain, m’a fait naître d’abord de l’amitié pour vous; et, comme je sais que vous ii’étes jamais venu en ce pays, et que vous y êtes tout neuf, je suis bien aise de vous avoir trouvé, pour vous offrir mon service à cette arrivée, et vous aider à vous conduire parmi ce peuple, qui n’a pas, parfois, pour les honnêtes gens, toute la considération qu’il faudrait. monsieur de pourceaugnac. C’est trop de grâce que vous me faites. sbrigani. Je vous l’ai déjà dit : du moment que je vous ai vu, je me suis senti pour vous de l’inclination.
monsieur de pourceaucnac. Je vous suis obligé. sbrigani. Votre physionomie m’a plu.
monsieur de pourceaucnac. Ce m’est beaucoup d’honneur. sbrigani. J’y ai vu quelque chose d’honnête. monsieur de pourceaugnac. Je suis votre serviteur. sbrigani. Quelque chose d’aimable.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Ali! Ail!
sbrigani. De gracieux.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Ah! Ail!
sbrigani. De doux.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Ail ! Ail !
sbrigani. De majestueux.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Ail! Ail!
sbrigani. De franc.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Ail! Ail!
sbrigani. Et de cordial.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Ail! Ah!
sbrigani. Je vous assure que je suis tout à vous.
monsieur de pourceaugnac. Je vous ai beaucoup d’obligation.
sbrigani. C’est du fond du cœur que je parle.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Je le Ciois.
sbrigani. Si j’avois l’honneur d’être connu de vous, vous sauriez que je suis un homme tout-à-fait sincère.
monsieur de pourceaugnac. Je n’en doute point. sbrigani. Ennemi de la fourberie.
monsieur de pourceaugnac. J’en suis persuadé. sbrigani. Et qui n’est pas capable de déguiser ses sentiments. monsieur de pourceaugnac. C’est ma pensée.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
sbricani. Vous regardez mon habit, qui n’est ]>as fait comme les autres; mais je suis originaire de Naples, à votre service, et j’ai voulu conserver un peu et la manière de s’habiller, et la sincérité de mon pays. monsieur de pourceaugnac. C’est fort bien fait. Pour moi, j ai voulu me mettre à la mode de la cour pour la campagne. sbrigani. Ma foi, cela vous va mieux qu’à tous nos courtisans. monsieur de pourceaugnac. C’est ce que in a dit mon tailleur. L habit est propre et riche, et il fera du bruit ici. sbrigani. Sans doute. N’irez-vous pas au Louvre? monsieur de pourceaugnac. Il faudra bien aller faire ma cour. sbrigani. Le roi sera ravi de vous voir. monsieur de pourceaugnac. Je le crois.
sbrigani. Avez-vous arreté un logis?
monsieur de pourceaugnac. Non ; j’allois en chercher un. sbrigani. Je serai bien aise d’être avec vous pour cela; et je connois tout ce pavs-ci.