ACTE II, SCÈNE VI
angélique. Ali ! je le hais plus que la mort;
Et sa présence, ainsi qu’à vous,
M’est un cruel supplice.
cléante. Mais un père à ses vœux vous veut assujettir.
Angélique. Plutôt, plutôt mourir
Que de jamais y consentir;
Plutôt, plutôt mourir, plutôt mourir.
argan. Et que dit le père à tout cela? cléante. Il ne dit rien.
argan. Voilà un sot père que ce père-là, de souffrir toutes ces soltises-là sans rien dire!
cléante , voulant continuer à chanter.
Ali! mon amour...
argan. Non, non; en voilà assez. Cette comédie-là est de fort mauvais exemple. Le berger Tircis est un impertinent, et la bergère Phiîis une impudente de parler de la sorte devant son père. ( à Angélique. ) Montrez-moi ce papier. Ali ! ah ! où sont donc les paroles que vous avez dites? Il n’y a là que de la musique écrite. cléante. Est-ce que vous ne savez pas, monsieur, qu’on a trouvé, depuis peu, l’invention d’écrire les paroles avec les notes mêmes? argan. Fort bien. Je suis votre serviteur, monsieur ; jusqu’au revoir. Nous nous serions bien passés de votre impertinent d’opéra. cléante. J’ai cru vous divertir.
argan. Les sottises ne divertissent point. Ali! voici ma femme.