‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 740 sur 785 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

BÉLINE, ARGAN, ANGÉLIQUE, MONSIEUR DIAFOIRUS, THOMAS DIAFOIRUS, TOINETTE .

argan. Mamour, voilà le fils de monsieur Diafoirus.

thomas diafoirus. Madame, c’est avec justice que le ciel vous a concédé le nom de belle-mère, puisque l’on voit sur votre visage... béline. Monsieur , je suis ravie d’être venue ici à propos, pour avoir l’honneur de vous voir.

thomas diafoirus. Puisque l’on voit sur votre visage... puisque Ton voit sur votre visage... Madame, vous m’avez interrompu dans le milieu de la période, et cela m’a troublé la mémoire. monsieur diafoirus. Thomas, réservez cela pour une autre fois. argan. Je voudrois, mamie, que vous eussiez été ici tantôt.

LE MALADE IMAGINAIRE

toinf.tte. Ah! madame, vous avez bien perdu de n’avoir point été au second père , à la statue de Memnon , et à la fleur nommée héliotrope. argan. Allons , ma fille, touchez dans la main de monsieur, et lui donnez votre foi , comme à votre mari.

angélique. Mon père!

argan. Hé bien ! mon père ! Qu’est-ce que cela veut dire? angélique. De grâce , ne précipitez pas les choses. Donnez-nous au moins le temps de nous connoître, et devoir naître en nous, l’un pour l’autre, cette inclination si nécessaire à composer une union parfaite. thomas diafoirus. Quant à moi, mademoiselle, elle est déjà toute née en moi ; et je n’ai pas besoin d’attendre davantage. angélique. Si vous êtes si prompt, monsieur, il n’en est pas de même de moi ; et je vous avoue que votre mérite n’a pas encore assez fait d’impression dans mon ame.

argan. Oh! bien , bien ; cela aura tout le loisir de se faire , quand vous serez mariés ensemble.

angélique. Hé! mon père , donnez-moi du temps , je vous prie. Le mariage est une chaîne où l’on 11e doit jamais soumettre un cœur par force ; et, si monsieur est honnête homme , il ne doit point vouloir accepter une personne qui seroit à lui par contrainte. thomas diafoirus. Nego consequentiam , mademoiselle ; et je puis être honnête homme, et vouloir bien vous accepter des mains de monsieur votre père.

angélique. C’est un méchant moyen de se faire aimer de quelqu’un , que de lui faire violence.

thomas diafoirus. Nous lisons des anciens, mademoiselle, que leur coutume étoit d’enlever par force de la maison des pères les filles qu’on menoit marier , afin qu’il ne semblât pas que ce fût de leur consentement quelles convoloient dans les bras d’un homme. angélique. Les anciens, monsieur, sont les anciens, et nous sommes les gens de maintenant. Les grimaces ne sont point nécessaires dans notre siècle; et, quand un mariage nous plaît, nous savons fort bien y aller, sans qu’on nous y traîne. Donnez-vous patience ; si vous m’aimez , monsieur, vous devez vouloir tout ce que je veux. thomas diafoirus. Oui , mademoiselle, jusqu’aux intérêts de mon amour exclusivement.

angélique. Mais la grande marque d’amour, c’est d’être soumis aux volontés de celle qu’on aime.

thomas diafoirus. Distinguo, mademoiselle. Dans ce qui ne regarde point sa possession, concedo ; mais dans ce qui la regarde, nego. toinette , à Angélique. Vous avez beau raisonner. Monsieur est frais émoulu du collège; et il vous donnera toujours votre reste. Pourquoi tant résister, et refuser la gloire d’être attachée au corps de la faculté?

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