‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 82 sur 785 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

adraste. C’est la manière de France.

don pèdre. La manière de France est bonne pour vos femmes ; mais , pour les nôtres, elle est un peu trop familière. isidore. Je reçois cet honneur avec beaucoup de joie. L’aventure me surprend fort, et, pour dire le vrai , je ne m’attendois pas d’avoir un peintre si illustre.

adraste. Il n’y a personne, sans doute, qui ne tînt à beaucoup de gloire de toucher à un tel ouvrage. Je n’ai pas grande habileté; mais le sujet ici ne fournit que trop de lui-même, et il y a moyen de faire quelque chose de beau sur un original fait comme celui-là.

Isidore. L’original est peu de chose; mais l’adresse du peintre en saura couvrir les défauts.

adraste. Le peintre n’y en voit aucun, et tout ce qu’il souhaite est d’en pouvoir représenter les grâces aux yeux de tout le monde aussi grandes qu’il les peut voir.

isidore. Si votre pinceau flatte autant que votre langue, vous allez me faire un portrait qui ne me ressemblera pas. adraste. Le ciel , qui fit l’original , nous ôte le moyen d’en faire un portrait qui puisse flatter.

isidore. Le ciel , quoi que vous en disiez, ne...

don pèdre. Finissons cela , de grâce. Laissons les compliments et songeons au portrait.

adraste, aux laquais. Allons, apportez tout. ( On apporte tout ce qu’il faut pour peindre Isidore .)

isidore, h Adraste. Où voulez-vous que je me place? adraste. Ici. Voici le lieu le plus avantageux et qui reçoit le mieux les vues favorables de la lumière que nous cherchons. isidore, après s’ être assise. Suis-je bien ainsi?

adraste. Oui. Levez-vous un peu, s’il vous plaît. Un peu plus de ce côtélà. Le corps tourné ainsi. La tète un peu levée, afin que la beauté du col paroisse. Ceci un peu plus découvert. (Il découvre un peu plus sa gorge.) Bon. Là, un peu davantage; encore tant soit peu. don pèdre , à Isidore. U y a bien de la peine à vous mettre ; ne sauriezvous vous tenir comme il faut?

isidore. Ce sont ici des choses toutes neuves pour moi, et c’est à monsieur à me mettre de la façon qu’il veut. adraste, assis. Voilà qui va le mieux du monde, et vous vous tenez a merveille, (la faisant tourner un peuvers lui.) Comme cela, s’il vous plaît. Le tout dépend des attitudes qu’on donne aux personnes qu’on peint. don pèdre. Fort bien.

L E SICILIEN

adraste. Un peu plus de ce côté. Vos yeux toujours tournés vers moi, je vous en prie; vos reyards attachés aux miens.

Isidore. Je ne suis pas comme ces femmes qui veulent, en se taisant peindre, îles portraits qui ne sont point elles, et 11e sont point satisfaites du peintre s’il 11e les fait toujours plus belles que le jour. Il faudroit, pour les contenter, ne faire qu’un portrait pour toutes; car toutes demandent les mêmes choses , un teint tout de lis et de roses , un nez bien fait, une petite bouche et de grands yeux vifs, bien fendus, et surtout le visage pas plus gros que le poing, 1 eussent-elles d’un pied de large. Pour moi, je vous demande un portrait qui soit moi et qui n’oblige point à demander qui c’est. adraste. Il seroil malaisé qu’on demandât cela du vôtre, et vous avez des traits à qui fort peu d’autres ressemblent. Qu’ils ont de douceurs el de charmes , et qu’on court de risque à les peindre !

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