‹ ŒuvresChapitre 205 sur 629 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Faire pour votre amour parler cent beaux exploits :

Mais ce n’est pas assez pour le prix qu’il espère,

Que l’aveu d’un État, et la faveur d’un frère.

Done Elvire n’est pas au bout de cet effort,

Et je vous vois à vaincre un obstacle plus fort. dox carcie. Oui, madame, j’entends ce que vous voulez dire.

Je sais bien que pour vous mon cœur en vain soupire;

Et l’obstacle puissant qui s’oppose à mes feux,

Sans que vous le nommiez, n’est pas secret pour eux. doxe elvire. Souvent on entend mal ce qu’on croit bien entendre;

Et par trop de chaleur, prince, on se peut méprendre; Mais, puisqu’il faut parler, desirez-vous savoir Quand vous pourrez me plaire, et prendre quelque espoir? dox garcie. Ce me sera, madame, une faveur extrême. doxe elvire. Quand vous saurez m’aimer comme il faut que l’on aime. dox garcie. Eli! que peut-on, hélas! observer sous les deux,

Qui ne cède à l’ardeur que m’inspirent vos yeux? doxe elvire. Quand votre passion ne fera rien paroître

Dont se puisse indigner celle qui l’a fait naître. dox carcie. C’est là son plus grand soin.

doxe elvire. Quand tous ses mouvements Ne prendront point de moi de trop bas sentiments. dox garcie. Ils vous révèrent trop.

doxe elvire. Quand d’un injuste ombrage Votre raison saura me réparer l’outrage,

Et que vous bannirez enfin ce monstre affreux Qui de son noir venin empoisonne vos feux,

Cette jalouse humeur dont l’importun caprice Aux vœux que vous m’offrez rend un mauvais office, S’oppose à leur attente, et contre eux, à tous coups,

Arme les mouvements de mon juste courroux.

•don garcie. Ali! madame! il est vrai, quelque effort que je fasse,

Qu’un peu de jalousie en mon cœur trouve place,

Et qu’un rival, absent de vos divins appas,

Au repos de ce cœur vient livrer des combats.

Soit caprice ou raison, j’ai toujours la croyance Que votre ame en ces lieux souffre de son absence,

Et que, malgré mes soins, vos soupirs amoureux Vont trouver à tous coups ce rival trop heureux.

Mais si de tels soupçons ont de quoi vous déplaire,

Il vous est bien facile, hélas! de m’y soustraire;

Et leur bannissement, dont j’accepte la loi,

Dépend bien plus de vous qu’il ne dépend de moi;

Oui, c’est vous qui pouvez, par deux mots pleins de flamme, Contre la jalousie armer toute mon ame,

Et, des pleines clartés d’un glorieux espoir,

Dissiper les horreurs que ce monstre y fait choir.

Daignez donc étouffer le doute qui m’accable,

Et faites qu’un aveu d’une bouche adorable Me donne l’assurance, au fort de tant d’assauts,

Que je ne puis trouver dans le peu que je vaux. done elvire. Prince, de vos soupçons la tyrannie est grande:

Au moindre mot qu’il dit, un cœur veut qu’on l’entende, Et n’aime pas ces feux dont l’importunité Demande qu’on s’explique avec plus de clarté.

Le premier mouvement qui découvre notre ame,

Doit d’un amant discret satisfaire la flamme;

Et c’est à s’en dédire autoriser nos vœux,

Que vouloir plus avant pousser de tels aveux.

Je ne dis point quel choix, s’il m’étoit volontaire.

Entre don Sylve et vous mon ame pourroit faire;

Mais vouloir vous contraindre à n’être point jaloux,

Auroit dit quelque chose à tout autre que vous;

Et je croyois cet ordre un assez doux langage,

Pour n’avoir pas besoin d’en dire davantage.

Cependant votre amour n’est pas encor content;

Il demande un aveu qui soit plus éclatant;

Pour l’ôter de scrupule, il me faut, à vous-même,

En des termes exprès, dire que je vous aime;

Et peut-ctre qu’encor, pour vous en assurer,

Vous vous obstineriez à m’en faire jurer. don garcie. Eh bien! madame, eh bien! je suis trop téméraire:

De tout ce qui vous plaît je dois me satisfaire.

Je ne demande point de plus grande clarté;

Je crois que vous avez pour moi quelque bonté,

Que d’un peu de pitié mon feu vous sollicite,

Et je me vois heureux plus que je ne mérite.

C’en est fait, je renonce à mes soupçons jaloux;

L’arrêt qui les condamne est un arrêt bien doux,

Et je reçois la loi qu’il daigne me prescrire,

Pour affranchir mon cœur de leur injuste empire. done elvire. Vous promettez beaucoup, prince; et je doute fort Si vous pourrez sur vous faire ce grand effort don garcie. Ah! madame! il suffit, pour me rendre croyable,

Que ce qu’on vous promet doit être inviolable;

Et que l’heur d’obéir à sa divinité

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