‹ ŒuvresChapitre 221 sur 629 · ACTE III, SCÈNE II. 2ül · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. 2ül

Quatre lustres entiers il y cache son sort Aux barbares fureurs de quelque lâche effort,

Et, pour rendre A son front l’éclat d’une couronne,

Contre nos ravisseurs vous marchez en personne. N’ètes-vous pas coûtent? Et ces soins généreux Ne m’attachent-ils point par d’assez puissants nœuds? Quoi! votre ame, seigneur, seroit-elle obstinée A vouloir asservir toute ma destinée?

Et faut-il que jamais il ne tombe sur nous L’ombre d’un seul bienfait, qu’il ne vienne de vous?

Ah! souffrez, dans les maux où mon destin m’expose, Qu’au soin d’un autre aussi je doive quelque chose;

Et ne vous plaignez point, de voir un autre bras Acquérir de la gloire où le vôtre n’est pas. don Alphonse. Oui, madame, mon cœur doit cesser de s’en plaindre;

Avec trop de raison vous voulez m’y contraindre,

Et c’est injustement qu’on se plaint d’un malheur,

Quand un autre plus grand s’offre à notre douleur.

Ce secours d’un rival m’est un cruel martyre;

Mais, hélas! de mes maux, ce n’est pas là le pire:

Le coup, le rude coup dont je suis atterré,

C’est de me voir par vous ce rival préféré-

Oui, je ne vois que trop que ses feux pleins de gloire,

Sur les miens dans votre ame emportent la victoire;

En cette occasion de servir vos appas,

Cet avantage offert de signaler son bras.

Cet éclatant exploit qui vous fut salutaire,

N’est que le pur effet du bonheur de vous plaire;

Que le secret pouvoir d’un astre merveilleux,

Qui fait tomber la gloire où s’attachent vos vœux.

Ainsi, tous mes efforts ne seront que fumée.

Contre vos fiers tyrans je conduis une armée;

Mais je marche en tremblant à cet illustre emploi,

Assuré que vos vœux ne seront pas pour moi;

Et que, s’ils sont suivis, la fortune prépare

L’heur des plus beaux succès aux soins de la Navarre.

Ah! madame, faut-il me voir précipité De l’espoir glorieux dont je m’étois flatté!

Et ne puis-je savoir quels crimes on m’impute,

Pour avoir mérité cette effroyable chute? donk elvike. Ne me demandez rien avant que regarder

Ce qu’a mes sentiments vous devez demander,

Et, sur cette froideur qui semble vous confondre,

Répondez-vous, seigneur, ce que je puis répondre;

Car enfin tous vos soins ne sauroient ignorer Quels secrets de votre ame on m’a su déclarer;

Et je la crois, cette ame, et trop noble et trop haute. Pour vouloir m’obliger à commettre une faute. Vous-même, dites-vous s’il est de l’équité De me voir couronner une infidélité;

Si vous pouviez m’offrir, sans beaucoup d’injustice,

Un cœur à d’autres yeux offert en sacrifice;

Vous plaindre avec raison, et blâmer mes refus, Lorsqu’ils veulent d’un crime affranchir vos vertus. Oui, seigneur, c’est un crime, et les premières flammes Ont des droits si sacrés sur les illustres âmes,

Qu’il faut perdre grandeurs , et renoncer au jour,

Plutôt que de pencher vers un second amour.

.T’ai pour vous cette ardeur que peut prendre l’estime Pour un courage haut, pour un cœur magnanime;

Mais n’exigez de moi que ce que je vous dois,

Et soutenez l’honneur de votre premier choix.

Malgré vos feux nouveaux, voyez quelle tendresse Vous conserve le cœur de l’aimable comtesse,

Ce que pour un ingrat, car vous l’étes, seigneur,

Elle a d’un choix constant refusé de bonheur!

Quel mépris généreux, dans son ardeur extrême,

Elle a fait de l’éclat que donne un diadème!

Voyez combien d’efforts pour vous elle a bravés!

Et rendez à son cœur ce que vous lui devez. don Alphonse. Ah ! madame, â mes yeux n’offrez point son mérite:

U n’est que trop présent à l’ingrat qui la quitte;

Et si mon cœur vous dit ce que pour elle il sent,

J’ai peur qu’il ne soit pas envers vous innocent.

Oui, ce cœur l’ose plaindre, et ne suit pas sans peine L’impérieux effort de l’amour qui l’entraîne :

Aucun espoir pour vous n’a flatté mes désirs.

Qui ne m’ait arraché pour elle des soupirs;

Qui n’ait dans ses douceurs fait jeter à mon ame Quelques tristes regards vers sa première flamme;

Se reprocher l’effet de vos divins attraits,

Et mêler des remords à mes plus chers souhaits.

J’ai fait plus que cela, puisqu’il vous faut tout dire, Oui, j’ai voulu sur moi vous ôter votre empire,

Sortir de votre chaîne, et rejeter mon cœur Sous le joug innocent de son premier vainqueur.

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