‹ ŒuvresChapitre 244 sur 629 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

Que personne jamais n’aura pouvoir sur moi;

Qu’une sainte retraite à toute autre poursuite... now Alphonse. J’ai de votre discours assez souffert la suite,

Madame, et par deux mots je vous l’eusse épargné,

Si votre fausse alarme eût sur vous moins gagné.

Je sais qu’un bruit commun, qui partout se fait croire, De la mort du tyran me veut donner la gloire;

Mais le seul peuple enfin, comme on nous fait savoir, Laissant par don Louis échauffer son devoir,

A remporté l’honneur de cet acte héroïque Dont mon nom est chargé par la rumeur publique;

Et ce qui d’un tel bruit a fourni le sujet,

C’est que, pour appuyer son illustre projet.

Don Louis fit semer, par une feinte utile,

Que, secondé des miens, j’avois saisi la ville;

Et, par cette nouvelle, il a poussé les bras Qui d’un usurpateur ont hâté le trépas.

Par son zèle prudent il a su tout conduire,

Et c’est par un des siens qu’il vient de m’en instruire; Mais dans le même instant un secret m’est appris,

Qui va vous étonner autant qu’il m’a surpris.

Vous attendez un frère, et Léon, son vrai maître;

A vos yeux maintenant le ciel le fait paroître :

Oui, je suis don Alphonse, et mon sort conservé,

Et sous le nom du sang de Castille élevé,

Est un fameux effet de l’amitié sincère Qui fut entre son prince et le roi notre père.

Don Louis du secret a toutes les clartés,

Et doit aux yeux de tous prouver ces vérités.

D’autres soins maintenant occupent ma pensée,

Non qu’à votre sujet elle soit traversée,

Que ma flamme querelle un tel événement,

Et qu’en mon cœur le frère importune l’amant.

Mes feux par ce secret ont reçu sans murmure Le changement qu’en eux a prescrit la nature;

Et le sang qui nous joint, m’a si bien détaché De l’amour dont pour vous mon cœur étoit touché, Qu’il ne respire plus, pour faveur souveraine,

Que les chères douceurs de sa première chaîne,

Et le moyen de rendre à l’adorable Ignés,

Ce que de ses bontés a mérité l’excès :

Mais son sort incertain rend le mien misérable;

Et, si ce qu’on en dit se trouvoit véritable,

En vain Leon m’appelle et le trône m’attend;

La couronne n’a rien à nie rendre content,

Et je n’en veux l’éclat que pour goûter la joie D’en couronner l’objet où le ciel me renvoie,

Et pouvoir réparer, par ces justes tributs,

L’outrage que j’ai fait à ses rares vertus.

Madame, c’est de vous que j’ai raison d’attendre Ce que de son destin mon ame peut apprendre; Instruisez-m’en, de grâce, et, par votre discours, Hâtez mon désespoir ou le bien de mes jours. done EivViRE. Ne vous étonnez pas si je tarde à répondre,

Seigneur, ces nouveautés ont droit de me confondre. Je n’entreprendrai point de dire à votre amour Si done Ignés est morte ou respire le jour;

Mais par ce cavalier, l’un de ses plus fidèles,

Vous en pourrez sans doute apprendre des nouvelles. don Alphonse, reconnaissant done Ignés.

Ah! madame! il m’est doux en ces perplexités De voir ici briller vos célestes beautés.

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