LE MARQUIS
i.ysidas. Madame, je viens un peu tard; mais il m’a fallu lire ma pièce chez madame la marquise dont je vous avois parlé, et les louanges qui lui ont été données m’ont retenu une heure de plus que je ne croyois.
élise. C’est un grand charme que les louanges pour arrêter un auteur. uranie. Asseyez-vous donc, monsieur Lysidas; nous lirons votre pièce après souper.
lysidas. Tous ceux qui étoient là doivent venir à sa première représentation, et m’ont promis de faire leur devoir comme il faut.
uranie. Je le crois. Mais, encore une fois, asseyez-vous, s’il vous plaît. Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions.
lysidas. Je pense, madame, que vous retiendrez aussi une loge pour ce jour -là.
uranie. Nous verrons. Poursuivons, de grâce, notre discours. lysidas. Je vous donne avis, madame, qu’elles sont presque toutes retenues.
uranie. Voilà qui est bien. Enfin , j’avois besoin de vous, lorsque vous êtes venu, et tout le monde étoit ici contre moi. élise, à Uranie, montrant Dorante. Il s’est mis d’abord de votre côté; mais maintenant ( montrant Climène.) qu’il sait que madame est à la tête du parti contraire, je pense que vous n’avez qu’à chercher un autre secours.
ci.imène. Non, non. Je ne voudrois pas qu’il fît mal sa cour auprès de madame votre cousine, et je permets à son esprit d’être du parti de son cœur.
dorante. Avec cette permission, madame, je prendrai la hardiesse de me défendre.
uranie. Mais auparavant, sachons un peu les sentiments de monsieur Lysidas.
lysidas. Sur quoi, madame?
uranie. Sur le sujet de l’École des Femmes.
lysidas. Ah! ah!
dorante. Que vous en semble?
lysidas. Je n’ai rien à dire là-dessus; et vous savez qu’entre nous autres auteurs nous devons parler des ouvrages les uns des autres avec beaucoup de circonspection.
dorante. Mais encore, entre nous, que pensez-vous de cette comédie?
lysidas. Moi, monsieur?
uranie. De bonne foi, dites-nous votre avis.
lysidas. Je la trouve fort belle.
dorante. Assurément?
lysidas. Assurément. Pourquoi non? N’cst-elle pas en effet la plus belle du monde?
dorante. Hon, hon ! vous êtes un méchant diable, monsieur Lysidas; vous ne dites pas ce que vous pensez? lysidas. Pardonnez-moi.
dorante. Mon dieu! je vous connois. Ne dissimulons point. lysidas. Moi, monsieur?
dorante. Je vois bien que le bien que vous dites de cette pièce n’est que par honnêteté, et que, dans le fond du cœur, vous êtes de l’avis de beaucoup de gens qui la trouvent mauvaise.