‹ ŒuvresChapitre 402 sur 629 · SCENE Vil · texte numérisé non relu

SCENE Vil

lysidas. Hai, liai, bai!

dorante. Avouez, ma foi! que c’est une méchante chose que cette comédie.

lysidas. Il est vrai qu’elle n’est pas approuvée par les connoisseurs.

le marquis. Ma foi! chevalier, tu en tiens, et te voilà payé de ta raillerie. Ah, ah, ah, ah, ah!

dorante. Pousse, mon cher marquis, pousse.

le marquis. Tu vois que nous avons les savants de notre côté.

dorante. 11 est vrai. Le jugement de monsieur Lysidas est quelque chose de considérable; mais monsieur Lysidas veut bien que je ne me rende pas pour cela; et, puisque j’ai bien l’audace de me défendre ( montrant Climcne .) contre les sentiments de madame, il ne trouvera pas mauvais que je combatte les siens.

élise. Quoi! vous voyez contre vous madame, monsieur le marquis et monsieur Lysidas, et vous osez résister encore? Fi! que cela est de mauvaise grâce!

climène. Voilà qui me confond, pour moi, que des personnes raisonnables se puissent mettre en tête de donner protection aux sottises de cette pièce.

le marquis. Dieu me damne! madame, elle est misérable depuis le commencement jusqu’à la fin.

dorante. Cela est bientôt dit, marquis. Il n’est rien plus aisé que de trancher ainsi, et je ne vois aucune chose qui puisse être à couvert de la souveraineté de tes décisions.

le marquis. Parbleu ! tous les autres comédiens qui étoient là pour la voir en ont dit tous les maux du monde.

dorante. Ah! je ne dis plus mot; tu as raison, marquis. Puisque les autres comédiens en disent du mal, il faut les en croire assurément; ce sont tous gens éclairés et qui parlent sans intérêt. Il n’y a plus rien à dire, je me rends.

climène. Rendez-vous ou ne vous rendez pas, je sais fort bien que vous ne me persuaderez point de souffrir les immodesties de cette pièce, non plus que les satires désobligeantes qu’on y voit contre les femmes.

uranie. Pour moi, je me garderai bien de m’en offenser et de prendre rien sur mon compte de tout ce qui s’y dit. Ces sortes de satires tombent directement sur les mœurs et ne frappent les personnes que par réflexion. N’allons point nous appliquer nous -mêmes les traits d’une censure générale, et profitons de la leçon, si nous pouvons, sans faire semblant qu’on parle à nous. Tontes les peintures ridicules qu’on expose sur les théâtres doivent être regardées sans chagrin de tout le monde; ce sont miroirs publics où il ne faut jamais témoigner qu’on se voie, et c’est se taxer hautement d’un défaut que se scan-r daliser qu’on le reprenne.

climène. Pour moi, je ne parle pas de ces choses par la part cjue j’y puisse avoir, et je pense que je vis d’un air dans le monde à ne pas craindre d’être cherchée dans les peintures qu’on fait là des femmes qui se gouvernent mal.

élise. Assurément, madame, on ne vous y cherchera point. Votre conduite est assez connue, et ce sont de ces sortes de choses qui ne sont contestées de personne.

uranie, à Climène. Aussi, madame, n’ai-je rien dit qui aille à vous, et mes paroles, comme les satires de la comédie, demeurent dans la thèse générale.

climène. Je n’en doute pas, madame. Mais enfin passons sur ce chapitre. Je ne sais pas de quelle façon vous recevez les injures qu’on dit à notre sexe dans un certain endroit de la pièce; et, pour moi, je vous avoue que je suis dans une colère épouvantable de voir que cet auteur impertinent nous appelle des animaux. uranie. Ne voyez-vous pas que c’est un ridicule qu’il fait parler? dorante. Et puis, madame, ne savez-vous pas que les injures des amants n’oflensent jamais; qu’il est des amours emportés aussi bien que des doucereux; et qu’en de pareilles occasions les paroles les plus étranges, et quelque chose de pis encore, se prennent bien souvent pour des marques d’affection par celles mêmes qui les reçoivent? élise. Dites tout ce que vous voudrez, je ne saurois digérer cela, non plus que le potage et la tarte à la crème , dont madame a parlé tantôt. le marquis. Ah! ma foi! oui, tarte à la crème! voilà ce que j’avois remarqué tantôt; tarte h la crème ! Que je vous suis obligé, madame, de m’avoir fait souvenir de tarte à la crème ! Y a-t-il assez de pommes en Normandie pour tarte à la crème? Tarte a la crème , morbleu! tarte à la crème !

dorante. Eh bien! que veux-tu dire? Tarte à. la crème!

le marquis. Parbleu ! tarte h la crème , chevalier.

dorante. Mais encore?

i.e marquis. Tarte à la crème!

dorante. Dis-nous un peu tes raisons.

le marquis. Tarte à la crème !

uranie. Mais il faut expliquer sa pensée, ce me semble. le marquis. Tarte à la crème , madame!

uranie. Que trouvez-vous là à redire?

le marquis. Mol, rien. Tarte à la crème! uranie. Ah! je le quitte.

élise. Monsieur le marquis s’y prend bien et vous bourre de la belle manière. Mais je voudrois bien que monsieur Lysidas voulût les achever et leur donner quelques petits coups tle sa façon. lvsidas. Ce n’est pas ma coutume de rien blâmer, et je suis assez indul-

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