‹ ŒuvresChapitre 549 sur 629 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DON CARLOS, DON JUAN, S G AN A R Fi L LE.

uon caruos. Don Juan, je vous trouve à propos et suis bien aise de vous parler ici plutôt que chez vous pour vous demander vos résolutions. Vous savez que ce soin me regarde et que je me suis, en votre présence, chargé de cette affaire. Pour moi, je ne le cèle point, je souhaite fort que les choses aillent dans la douceur; et il n’y a rien que je ne fasse pour porter votre esprit à vouloir prendre cette voie et pour vous voir publiquement conlirmer à ma sœur le nom de votre femme.

don juan, d’un ton hypocrite. Hélas! je voudrois bien, de tout mon cœur, vous donner la satisfaction que vous souhaitez; mais le ciel s’y oppose directement; il a inspiré à mon ame le dessein de changer de vie, et je n’ai point d’autres pensées maintenant que de quitter entièrement tous les attachements du monde, de me dépouiller au plus tôt de toutes sortes de vanités, et de corriger désormais, par une austère conduite, tous les dérèglements criminels où m’a porté le feu d’une aveugle jeunesse.

don carlos. Ce dessein, don Juan, ne choque point ce que je dis, et la compagnie d’une femme légitime peut bien s’accommoder avec les louables pensées que le ciel vous inspire.

don juan. Hélas! point du tout. C’est un dessein que votre sœur elle-même a pris; elle a résolu sa retraite et nous avons été touchés tous deux en même temps.

don carlos. Sa retraite ne peut nous satisfaire, pouvant être imputée au mépris que vous feriez d’elle et de notre famille, et notre honneur demande qu’elle vive avec vous.

don juan. Je vous assure que cela ne se peut. J’en avois, pour moi, toutes les envies du monde; et je me suis, même encore aujourd’hui, conseillé au ciel pour cela; mais, lorsque je l’ai consulté, j’ai entendu une voix qui m’a dit que je ne devois point songer à votre sœur, et qu’avec elle, assurément, je ne ferois point mon salut.

Page 1