HIPPOLYTE, CÉLIE
iiifpolvte. Depuis votre séjour, les dames de ces lieux
Se plaignent justement des larcins de vos yeux,
Si vous leur dérobez leurs conquêtes plus belles, Et de tous leurs amants faites des infidèles:
Il n’est guère de cœurs qui puissent échapper
Aux traits dont à l’abord vous savez les frapper;
Et mille libertés, à vos chaînes offertes,
Semblent vous enrichir chaque jour de nos pertes. Quant à moi, toutefois je ne me plaindrais pas I)u pouvoir absolu de vos rares appas,
Si, lorsque mes amants sont devenus les vôtres,
Un seul m’eût consolé de la perte des autres;
Mais qu’inhumainement vous me les ôtiez tous,
• C’est un dur procédé dont je me plains à vous. célie. Voilà d’un air galant faire une raillerie;
Mais épargnez un peu celle qui vous en prie.
Vos yeux, vos propres yeux se commissent trop bien, Pour pouvoir de ma part redouter jamais rien;
Us sont fort assurés du pouvoir de leurs charmes,
Et ne prendront jamais de pareilles alarmes. iiippolyte. Pourtant en ce discours je n’ai rien avancé Qui dans tous les esprits ne soit déjà passé;
Et sans parler du reste, on sait bien que Célie A causé des désirs à Léandre et Lélie.
célie. Je crois qu’étant tombés dans cet aveuglement,
Vous vous consoleriez de leur perte aisément,
Et trouveriez pour vous l’amant peu souhaitable Qui d’un si mauvais choix se trouverait capable. iiippolyte. Au contraire, j’agis d’un air tout différent,
Et trouve en vos beautés un mérite si grand ;
J’y vois tant de raisons capables de défendre L’inconstance de ceux qui s’en laissent surprendre. Que je ne puis blâmer la nouveauté des feux Dont envers moi Léandre a parjuré scs vœux,
Et le vais voir tantôt, sans haine et sans colère, Ramené sous mes lois par le pouvoir d’un père.