‹ ŒuvresChapitre 81 sur 629 · ACTE Y, SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTE Y, SCÈNE XIV

cklik. Eh bien?

mascaiui.le. Passoit dedans la place et ne songeoit à rien.

Alors qu’une autre vieille assez défigurée,

L’ayant de près au nez long-temps considérée,

Par un bruit enroué de mots injurieux,

A donné le signal d’un combat furieux,

Qui pour armes, pourtant, mousquets, dagues ou flèches, Ne faisoit voir en l’air que quatre griffes sèches,

Dont ces deux combattants s’efforçoient d’arracher Ce peu que sur leurs os les ans laissent de chair.

On n’entend que ces mots, chienne, louve, bagasse; D’abord leurs scoffions ont volé par la place,

Et laissant voir à nu deux tètes sans cheveux,

Ont rendu le combat risiblement affreux.

Andrès et Trufaldin, à l’éclat du murmure,

Ainsi que force monde, accourus d’aventure,

Ont à les décharpir eu de la peine assez ,

Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés.

Cependant (pie chacune, après cette tempête,

Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête,

Et que l’on veut savoir qui causoit cette humeur,

Celle qui la première avoit fait la rumeur,

Malgré la passion dont elle é t'oit émue,

Ayant sur Trufaldin tenu long-temps la vue:

C’est vous, si quelque erreur n’abuse ici mes yeux,

Qu’on m’a dit qui viviez inconnu dans ses lieux,

A-t-elle dit tout haut; ô rencontre opportune!

Oui, seigneur Zanobio Ruberti, la fortune Me fait vous reconnoître, et dans le même instant Que pour votre intérêt je me tourmentois tant.

Lorsque Naples vous vit quitter votre famille,

J’avois, vous le savez, en mes mains votre fille,

Dont j’élevois l’enfance, et qui, par mille traits,

Faisoit voir, dès quatre ans, sa grâce et ses attraits.

Celle que vous voyez, cette infâme sorcière,

Dedans notre maison se rendant familière,

Me vola ce trésor. Iléias! de ce malheur Votre femme, je crois, conçut tant de douleur,

Que cela servit fort pour avancer sa vie!

Si bien qu’entre mes mains cette fille ravie Me faisant redouter un reproche fâcheux,

Je vous fis annoncer la mort de toutes deux:

Mais il faut maintenant, puisque je l’ai connue,

Qu’elle fasse savoir ce qu’elle est devenue.

Au nom de Zanobio Ruberti, que sa voix,

Pendant tout ce récit, répétait plusieurs fois,

Andrès, ayant changé quelque temps de visage,

A Trufaldin surpris a tenu ce langage :

Quoi donc! le ciel me fait trouver heureusement Celui que jusqu’ici j’ai cherché vainement,

Et que j’avois pu voir, sans pourtant reconnoître La source de mon sang et l’auteur de mon être!

Oui, mon père, je suis Horace votre fils.

D’Albert, qui me gardoit, les jours étant finis,

Me sentant naître au cœur d’autres inquiétudes,

Je sortis de Bologne, et, quittant mes études,

Portai durant six ans mes pas en divers lieux,

Selon que me poussoit un désir curieux:

Pourtant, après ce temps, une secrète envie Me pressa de revoir les miens et ma patrie;

Mais dans Naples, hélas! je ne vous trouvai plus,

Et n’y sus votre sort que par des bruits confus :

Si bien qu’à votre quête ayant perdu mes peines,

Venise pour un temps borna mes courses vaines;

Et j’ai vécu depuis, sans que de ma maison J’eusse d’autres clartés que d’en savoir le nom.

Je vous laisse à juger si, pendant ces affaires,

Trufaldin ressentoit des transports ordinaires.

Enfin, pour retrancher ce que plus à loisir Vous aurez le moyen de vous faire éclaircir Par la confession de votre Égyptienne,

Trufaldin maintenant vous reconnoît pour sienne;

Andrès est. votre frère; et comme de sa sœur Il ne peut plus songer à se voir possesseur,

Une obligation qu’il prétend reconnoître,

A fait qu’il vous obtient pour épouse à mon maître, Dont le père, témoin de tout l’événement,

Donne à cet hyménée un plein consentement,

Et pour mettre une joie entière en sa famille,

Pour le nouvel Horace a proposé sa fille.

Voyez que d’incidents à la fois enfantés! cklie. Je demeure immobile à tant de nouveautés. mascaiulle. Tous viennent sur mes pas, hors les deux championnes. Qui du combat encor remettent leurs personnes. Léandre est de la troupe, et votre père aussi.

Moi, je vais avertir mon maître de ceci,

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