‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 10 sur 120 · EMBELLISSEMENTS DE PARIS · texte numérisé non relu

EMBELLISSEMENTS DE PARIS

Pièce qui a remporte le premier accessit,

an jugement de la seconde classe de l'Institut,

dans le concours de 1811.

Imperium est Jovis,

Cuncta supercilio moventis.

HoR. lib. III, od. I.

Ils ne sont plus, ces jours, où des rois avilis, En un lâche repos dormaient ensevelis : Du héros souverain, l'infatigable zèle, Rassemble l'univers dans sa France immortelle ; Il peut tout, et d'un mot, au sein de nos remparts. Des tributs de la guerre il enrichit les arts ! Venez, bronzes soumis, dépouille des batailles. En pyramide altière embellir nos murailles ; Venez, du vieux soldat, frapper les yeux ravis; Que du bras qui lui reste il vous montre à ses fils I Tombe aux champs de Rosbach, insolent témoignage, Qui d'un jour de revers éternisais l'outrage ! Glaive de Frédéric ! brille au temple de Mars ! Livre-nous, ô Memphis ! tes monuments épars; Et, vous, marbres conquis dans la superbe Rome,

Poèmes et poésies historiques. 59

Vers la grande cité précédez le grand homme !

Peindrai-je, aux flancs neigeux de l'Apennin soumis. Sur l'abîme, à sa voix, les chemins affermis? A travers les sommets perdus dans les nuages, Le verra-t-on frayer d'audacieux passages; Partager aux cités l'urne immense des eaux; Sous la terre profonde étendre les canaux, Et, traçant au commerce une route hardie. Rapprocher les confins de la France agrandie?... Mais Paris me rappelle, et mon œil satisfait De sa splendeur utile, admire le bienfait, Des gothiques réduits la masse informe et sombre, Voit le soleil percer les vapeurs de son ombre; De ponts majestueux le fleuve est couronné : Le rivage s'enchaîne au rivage étonné; La fontaine s'épanche, et le quai se déploie; L'espace s'élargit dans la publique voie; Les pieux hôpitaux dotent la pauvreté; Les marchés abondants nourrissent la cité; Et Cérès établit ses granges opulentes, Où Mars amoncelait ses armures sanglantes *. ~ Seine, réjouis-toi! prodigue de trésors, Le canal tutélaire, épanché sur tes bords, Fait voguer jusqu'à nous les fruits de l'industrie, Enrichit de ses flots la Naïade appauvrie. Épure au loin les airs , et , dans Paris charmé^ Arrête l'incendie en son vol enflammé.

I. Greniers d'abondance, sur le terrain de l'Arsenal. [Note de l'auteur.)

6o OEuvres de Millev oye.

Pour enchanter les yeux, un luxe moins austère Imprime à ses travaux un plus doux caractère; Arrondit ces contours, où l'œil doit voir encor Des filles d'Hespérus éclater les fruits d'or i ; Dessine ce jardin, vaste et savant domaine, Qu'embellit de ses dons une Flore lointaine; Agrandit cette enceinte, oii, le soir, quelquefois, Des enfants de Bruno revient gémir la voix ; Rajeunit ce palais, d'imposante mémoire.

Qu'éleva Médicis, dans les jours de sa gloire ; Et, non loin, déployant nos pompeux boulevards, Ouvre une lice immense à la course des chars.

Rien ne reste imparfait : ce Panthéon célèbre, Qui menaçait Paris de sa chute funèbre. Moderne Capitole à la mort consacré , Par d'utiles efforts s'élève rassuré; Et, sa houlette en main, la Bergère céleste. Dont Nanterre cachait l'hermitage modeste. Protège encor, du haut de son temple immortel, La ville du héros, qui protégea l'autel. Superbe, et délivré de la rouille des âges, Ce Louvre, désormais l'orgueil de nos rivages. Ce Louvre, qui, longtemps solitaire, aviH, Accusa de nos rois l'héréditaire oubli.

S'achève; et, consolé de ses affronts antiques, Aux noces du monarque il prête ses portiques. Dans son sein protecteur, éclatent, rassemblés, Les chefs-d'œuvre rivaux , parmi nous appelés :

I L'Orangerie projetée. {Note de l'auteur.)

Poèmes et poésies historiques. 6i

Et tous ces monuments de gloire et de conquêtes, Gages de nos combats, embellissent nos fêtes. Oh ! quels grands souvenirs viennent planer sur eux ! Le généreux enfant du guerrier généreux, Sur le bronze amolli, sur la pierre animée, D'un père à chaque pas trouve la renommée. A cent jours de victoire, il assiste en un jour : Le passé, le présent, lui parlent tour à tour. La Colonne éclatante, et dans l'air élancée. Atteste de Trajan la grandeur surpassée. Les voilà ces parvis, où l'éloquent burin, Sur des pilastres d'or et des tables d'airain. De tant de morts fameux doit graver la mémoire, Et raconter aux yeux leur immortelle histoire ! Plus loin s'élève et brille un Arc triomphateur, Dont Septime lui-même eût envié l'honneur ! Là semblent tressaillir, devant la noble enceinte, Ces bronzes, dont Lysippe enorgueillit Corinthe, Ces Coursiers voyageurs, conduits par leurs destins, De la Ville éternelle aux murs des Constantins, Et qui, formés jadis pour le char de la Gloire, Sont venus jusqu'à nous, de victoire en victoire.

Le Tibre a, de la Seine, envié la splendeur : « Sans le fils du héros, oii serait ma grandeur? A-t-il dit. O Lutèce ! ô cité souveraine ! Triomphe! Dépouillant l'auguste nom de reine, Des Dieux et des Césars l'imposante cité. Te transmet sa puissance et son éternité. »

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