‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 108 sur 120 · I. Publié dans les Poésies diverses, édition de · texte numérisé non relu

I. Publié dans les Poésies diverses, édition de

'^ço OEuvres de Alillevoye.

Joint le glaive de Mars au trident de Neptune. Devant tant de hauts faits, inconnus jusqu'à nous, Prodiges des vieux jours, anéantissez-vous !

Nymphes du Tage ! ô vous, que célébrait ma l}- re, Soutenez de mes chants l'harmonieux délire : Qu'en ce jour la trompette à la perçante voix , Succédant aux soupirs de la flûte des bois, Noblement retentisse, et raconte à la terre Ces exploits, protégés par le dieu de la guerre; Des enfants de Lusus, que les noms éclatants Parviennent dans mes vers aux limites des temps, Et puissent, consacrés par mon ardent génie, Vos flots couler, rivaux des flots de l'Aonie !

Ornement de notre âge, ô monarque naissant, Amour de ma patrie et terreur du Croissant, Toi, sur qui le Très-Haut réfléchit son image Pour ramener à lui notre infidèle hommage, Et dont le glaive, armé pour la cause des Cieux, Aff"ranchit du Jourdain les flots religieux ! De tes aïeux, en toi, l'âme entière respire ; Leur immortel regard veille sur ton empire : Sers toi-même d'exemple à nos derniers neveux; Partage avec le Ciel notre encens et nos vœux !

Le doux zéphyr régnait, sur la plaine argentée, Qui voit bondir au loin les troupeaux de Protée ; Le flot obéissant, sous la proue, écumait ; " Quand tout à coup l'Olympe, au lumineux sommet, D'où partent les destins de la race mortelle, Ouvre ses portes d'or à la troupe éternelle; Et les Dieux convoqués, prompts à se réunir,

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Des peuples d'Orient vont peser l'avenir.

Près du trône immuable, où le dieu du tonnerre

Régit, par la pensée, et les cieux et la terre,

Les voici tous rangés : ceux des âpres climats,

Où l'haleine de l'Ourse a soufïlé les frimas ;

Ceux des pays brûlants que Sirius dévore ;

Ceux des peuples voisins du berceau de l'Aurore,

Et de l'humide empire, où le char du Soleil

Précipite ses feux dans l'Occident vermeil.

Au plus haut de l'Ether, le monarque des mondes

Sur un trône semé d'étoiles vagabondes.

S'assied, inébranlable en son éternité;

Son souiïle épand la vie et l'immortalité :

D'or et de diamants resplendit sa couronne.

Et des Dieux ses sujets la foule l'environne.

Il les voit à ses pieds, selon leurs rangs assis.

Attentifs au signal de ses divins sourcils.

Il s'adresse, en ces mots, à leur troupe sacrée :

« Vous tous, qui m'écoutez, hôtes de l'Empyrée ! Vous savez les exploits des héros Lusitains, Et le grand avenir promis à leurs destins. La Castille, à leurs pieds, a vu mourir sa foudre. Et leur trône est debout sur les trônes en poudre. C'est peu pour leur valeur. A ces rois d'Occident, Le sort a décerné l'empire du trident : Ils iront, jusqu'aux lieux habités par le More, En sa couche éclatante épouvanter l'Aurore. Mais depuis trop longtemps les vents, contre eux ligués. Battent de mers en mers leurs vaisseaux fatigués : Qu'ils aillent, respirant du fracas des orages,

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Sur un rivage ami, reposer leurs courages; Qu'ensuite devant eux les chemins soient ouverts; Qu'ils poursuivent leur course au nouvel univers ! »

Ainsi parla le Dieu de la voûte étoilée. Des avis différents partagent l'assemblée. Bacchus surtout, Bacchus frémit impatient : « Quoi ! dit-il, en fureur : dans l'antique Orient, Des mortels sous leurs pieds fouleraient mes trophées, Que n'a point consacrés la lyre des Orphées ! Sur les rives du Gange, on verrait de Bacchus La gloire terrassée et les lauriers vaincus ! Non, » — Cependant Vénus, aux Lusitains fidèle, Croit voir en eux les fils de la Ville éternelle. Elle sait qu'à jamais, sur des bords inconnus. Leur empire étendra l'empire de Vénus; Elle le sait : leur cause à la sienne est unie. Le destin des héros de la Lusitanie Oppose l'un à l'autre et Bacchus et Cypris : Elle attend des honneurs; il prévoit des mépris. A leurs fougeux débats les vastes cieux répondent. Et des Dieux divisés les clameurs se confondent : Ainsi, quand les autans, avec un long fracas. Commencent dans les airs leurs turbulents combats. Le bruit des pins tombants ébranle au loin la terre; De sourds mugissements, semblables au tonnerre. Remplissant la vallée et les bois et les monts. Retentissent longtemps dans les antres profonds. Mars a, de Dionée, embrassé la querelle, Soit que ses premiers feux se rallument pour elle. Soit qu'au fond de son cœur, de ces fiers conquérants,

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Il chérisse l'audace et les destins errants; Dans l'immortel Conseil, formidable, il se lève, Et les Dieux ont pâli, devant le Dieu du glaive. Sur ce front belliqueux s'agite fièrement Le casque, où resplendit l'éclair du diamant. Le céleste parvis, qu'il frappe de la lance, Tressaille ; et son regard commande le silence : « Eh quoi ! dit-il enfin. Veux-tu, maître des cieux, Immoler les mortels aux passions des Dieux ? Du fils de Sémélé la jalouse colère Doit-elle à la vertu dérober son salaire ? Jupiter a promis : promettrait-il en vain ? Ordonne, et qu'à l'instant le messager divin, S'élançant des hauteurs de la céleste voûte. Aux enfants de Lusus aplanisse la route,, Et que leurs pavillons, dès longtemps attendus, Éclatent sur les bords du Gange et de l'Indus ! » Il dit, et Jupiter, par un signe fidèle. Souscrit aux vœux du Dieu, dont la lance étincelle.

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