‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 110 sur 120 · ÉGLOGUE SECONDE · texte numérisé non relu

ÉGLOGUE SECONDE

Cor y don.

Millevoye n'a changé que trois vers dans la seconde édition de cette églogue.

Même honneur vous est dû, prunes de nos jardins... Et moi, je brûle !... Amour ! quel terme à ton pouvoir... Corydon ! Corydon ! d'où naît ton fol espoir ?... Tresse l'osier pliant, cueilli pour les former...

ÉGLOGUE TROISIÈME

Palèmon.

DAMÈTE.

Égon seul le livre à ma houlette...

MÉNALQUE

Maîtres, qu'oserez- vous, après de tels esclaves? Et ne t'ai -je pas vu ravir, toi qui me braves , Le chevreau de Damon, malgré l'œil du pasteur, Et de sa Lycisca l'aboiement délateur?...

MÉNALQUE

Des pipeaux à Damète,

Damète, qu'on voyait , sur les places errant , Perdre les durs fredons de son fifre ignorant...

MÉNALQUE

Comptent deux fois le jour, l'un les moutons bêlants , Et l'autre, les chevreaux. Mais, puisqu'à mes talents Tu l'oses disputer, ces deux vases de hêtre Sont mes biens : de leur prix tu conviendras peut-être...

PALÉMON

Tout sol se fertilise et tout arbre a fleuri... Le Parnasse chérit la lutte alternative...

Variantes des traductions. 399

DAMÈTE.

J'apprête à ma Vénus un présent... car j'ai vu

La branche, où deux ramiers ont leur nid suspendu.

MÉNALQUE

Que me sert ton amour, Églé ? Tu fuis ma vue , Et me laisses gardien de l'embûche tendue !

MÉNALQUE

Mon cœur est à Phyllis , j'en atteste ses charmes, Ses longs adieux... Adieu ! dit-elle avec des larmes.

DAMÈTE.

Le loup nuit au bercail ; l'aquilon aux taillis ; Aux fruits, la brume ; à moi, l'orgueil d'Amaryllis.

DAMÈTE.

O Muses ! Pollion chérit mes airs nouveaux ; Offrez une génisse à l'ami des pipeaux...

MÉNALQUE

Qui ne hait Bavius, croit Mévius habile, Lie au joug le renard, trait le bouc indocile...

DAMÈTE.

Au temps prescrit, j'irai les plonger dans les eaux.

MÉNALQUE

Dérobez vos troupeaux au Cancer en furie. Naguère nous pressions la mamelle tarie.

DAMÈTE.

Comme en ces prés féconds s'amaigrit mon taureau ! Le pasteur meurt d'amour, et d'amour le troupeau.

PALÉMON

Les prés ont assez bu, refermez les fontaines.

^oo OEuvres de Alillevoye.

ÉGLOGUE CINQUIÈME

Daphnis.

MOPSUS

Les rameaux vagabonds, qui fatiguent ia treille... MÉNALQUE.

Autant l'humble lavande à l'éclatant rosier, Autant devant sa gloire il doit s'humilier... Bergers, Daphnis l'ordonne, élevez son tombeau, Et que ces simples vers soient son apothéose : Cher aux bois, cher aux deux, ici Daphnis repose. Son bercail était beau, moins beau que le pasteur.

MÉNALQUE

Tes chants me sont plus doux, ô poète enchanteur. Qu'un frais sommeil à l'homme excédé de sa course, Et qu'au pâtre altéré le doux bruit de la source. Par lai^flûte et la voix, de ton maître l'égal. Sois un autre lui-même, et moi, d'un chant rival.

Je dirai ton Daphnis

Vivront, pour nous, ton nom, ta gloire et tes louanges..

MOPSUS

Est-il, pour ses concerts, des dons assez pompeux?

Antigène l'envie : il a de quoi me plaire... ÉGLOGUE SEPTIÈME

Mèlihée, Corydon, Thyrsis.

MÉLIBÉE

Sous un pin frémissant, Daphnis était assis... Vois l'errant Mincio, dans les joncs égaré. Et l'essaim bourdonnant sur le chêne sacré...

CORYDON

Diane! et moi, t'ornant du cothurne empourpré, Je te ferai revivre en un marbre sacré...

J ariantcs des traductions. 401

THYRSIS

Trouve -moi plus amer que l'herbe de Sardaigne, Et plus vil que la brise et l'algue qu'on dédaigne... O mes bœufs, par pitié, rentrez! Il en est temps.

' CORYDON

Ruisseaux, doux au sommeil ; lits de mousse naissante, Que voile cet arbuste à l'ombre adolescente...

THYRSIS

Les hivers ne sont pas plus redoutés de nous ,

Que des torrents, leur digue, et nos pasteurs, des loups.

CORYDON

Le genièvre noircit, la châtaigne est armée. Et, sous l'arbre opulent, la pomme est parsemée ; Tout rit ; mais si Daphné quittait un jour ces monts, Les fleurs tariraient dans nos champs inféconds...

THYRSIS

Bacchus, jaloux, de pampre appauvrit la montagne...

CORYDON

La vigne aime Bacchus ; le peuplier, Alcide ;

Le laurier croît au Pinde, et le myrte dans Gnide.

Trop heureux coudrier !

THYRSIS

Si plus souvent, Naïs, tu visitais nos bois...

MÉLIBÉE

Thyrsis en vain luttait. Dès lors, chantre suprême, Corydon n'eut d'égal que Corydon lui-même. v

ÉGLOGUE HUITIÈME

Danion et Alphesihèe.

Damon, Alphesibée, harmonieux pasteurs !

Je vais les répéter vos accords enchanteurs !... Je vais les répéter vos accords enchanteurs, m. 2(i

402 OEuvres de Al ill evoye.

Damon, Alphésibée, harmonieux pasteurs !... Et moi, je pleure en vain sur mes tristes amours ! X mes cris douloureux, les dieux se montrent sourds. Mais c'en est fait, je touche à mon heure fatale. O ma flûte, redis les accents du Ménale.

Ménale, des bergers, entend les airs plaintifs... Pan y fît soupirer la flûte pastorale.

O ma flûte, redis les accents du Ménale.

Nise à Mopsus! amants, de quoi douterez- vous ? La cavale prendra le griffon pour époux ; Près des limiers, boiront les biches sans défense... Hesper daigne éclairer ta pompe conjugale. O ma flûte, redis les accents du Ménale.

Digne d'un tel époux, méprise désormais, Nise, ma barbe épaisse et mes sourcils épais. Un dieu me vengera, sur la rive infernale. O ma flûte, redis les accents du Ménale... J'avais vu douze étés, et déjà moins timide. Ma main pouvait atteindre aux plus jeunes rameaux. Je te vis, je péris! Dans quel gouffre de maux M'entraîna de l'amour l'illusion fatale ! O ma flûte, redis les accents du Ménale.

ÉGLOGUE NEUVIÈME

3Iér is.

LYCIDAS

/Semé des fleurs, vêtu les fontaines d'ombrage... O Tityre, et du bouc fuis le front irrité.

MÉRIS

Chante l'air, que Ménalque à Varus a chanté , Tout imparfait encore. Ah ! si le sort pardonne... Varus !

LYCIDAS

Que tes essaims, des ifs, craignent le front...

Variantes des traductions. 403

Poursuis, Méris ! Moi-même, aux doctes immortelles, J'ai dû quelques accords, et jadis nos pasteurs M'ont proclamé poète : éloges trop flatteurs ! Est-ce à moi de prétendre à cet honneur insigne? De Varus, de Cinna, ma muse est-elle digne ? L'oie au cri dur, du cygne, a-t-elle les doux chants ?

MÉRIS

Je cherche, ô Lycidas, si quelques airs touchants, Vivent dans ma mémoire : « Accours, ô Galatée!... « Greffe tes plants, Daphnis : de la poire vermeille, « Tes neveux jouiront. » Tout fuit avec le temps : J'ai, les pipeaux en main, usé de longs instants. Tout n'est point oublié ; cependant, avant l'âge...

LYCIDAS

Plus de retards. Regarde : au loin les flots se taisent... Si tu crains que la nuit n'ouvre l'urne des cieux, Abrégeons le chemin, par nos chansons rivales. Et mon dos portera ce poids par intervalles...

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