‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 16 sur 120 · EMMA ET EGINARD · texte numérisé non relu

EMMA ET EGINARD

La première édition de ce poème, imprime à la suite de Bel^unce (Paris, Giguet et Michaud, 1808, in- 18), nous fournit des variantes que nous avons recueillies, en laissant de côté celles qui ne portent que sur des mots.

Muse d'amour et de mélancolie....

Enseigne-moi les plus magiques airs Et rends ma voix harmonieuse et pure... Écoutez-moi , cœurs tendres ! coeurs aimants !

Calme, il laissait respirer la victoire Et savourait une plus douce gloire.

Antiques Francs ! votre roi généreux Se reposait, en vous rendant heureux.

La jeune Emma, fille de sa tendresse, Beauté sans fard, naïve enchanteresse, Depuis six mois, embellissait la cour.

Tout potentat va la priant d'amour...

Vœux superflus! Eginard a charmé Ce cœur naissant, qui s'ignorait encore. Il est aimable, il aime, il est aimé ! Fiers paladins que noblesse décore, Princes et rois, il vous efface tous.

Hélas ! du sort inflexible et jaloux.

Dès son jeune âge, il devint la victime... Mais Eginard est riche autant que vous... Les deux amants, des voiles du mystère,

70 OEuvres de Millevoye,

S'enveloppaient... Leur innocent détour

Savait tromper l'œil vigilant d'un père...

Tant qu'autour d'eux brillait l'astre du jour,

Respect profond déguisait leur amour...

Dans les jardins, s'élève solitaire

Un pavillon, retraite de la paix;

Le vaste chêne , aux feuillages épais ,

Verse à l'entour son ombre centenaire.

Humble séjour ! Emma te décorait.

Là, chaque soir, sous le balcon discret.

Seul confident de son ardeur extrême,

Vient Éginard ; s'éloigner, revenir.

Se voir de loin, de loin s'entretenir.

C'était bien peu : peu suffit, quand on aime.

Ils rachetaient les longs ennuis du jour.

En prolongeant leurs doux propos d'amour.

Oh ! que les jours s'écoulaient lentement !...

Rival du jour, astre pâle et charmant...

Depuis qu'Amour, de ses chaînes discrètes,

Avait uni ces fidèles amants.

Et que Vesper, de ses sombres retraites...

Le noble espoir de revenir vainqueur...

Même aux lauriers, Eginard te préfère.

C'était aux jours, où la tranquille automne

Languissamment de pampres se couronne.

De la tempête au loin mugit la voix.

L'aquilon siffle et la feuille des bois,

A flots bruyants, dans les airs tourbillonne...

Trouble enchanteur ! muets ravissements !

Eh ! quels discours auraient votre éloquence !

Discours sont vains ; amour parle en silence...

« Demain... — Qu'entends-je ? — Aux montagnes du Nord,

Mugit la guerre; à la voix de mon maître,

Je cours

Le crépuscule avertissant sa vue.

L'amant d'Emma, sur la pâle étendue...

Charlemagne,

Les yeux errants sur ses vastes jardins... Il voit... Un songe, une vaine chimère,

Variantes des poèmes historiques, yi

Abusent-ils ses regards incertains ?

Sa fille!... O ciel ! quel aspect pour un père!

Que fera-t-il .'' , ,

A ce discours, un silence de mort A succédé. Le maître de leur sort Rentre aussitôt, et sa cour l'environne: « Nobles seigneurs, voués à ma couronne, Rivaux de gloire et de fidélité !

A ses sujets , vm roi doit l'équité ; L'équité parle, et vous allez l'entendre. Toujours terrible à qui veut m'offenser,

Je sais punir »

Les chevaliers, d'une commune voix, -v '

De leur monarque applaudissent le choix. - L'heureux amant et sa douce compagne Tombent encore aux pieds de Charlemagne...

Dans la première édition des Elégies {Paris, Rosa, 1812, in- 1 8), Millevoye fit reparaître le poème d'Evima et Eginard, comme il le dit lui-même, avec plusieurs changements et quelques augmentations; nous devons signaler seulement ceux qui n'ont pas été maintenus dans l'édition posthume des Œuvres en 1822.

Partout vainqueur, le puissant Charlemagne... Au pied d'un chêne, il déposait l'épée, Et cette main, lasse de tant d'exploits. Dans son repos n'était plus occupée Que de fonder l'édifice des lois.

Sombre, il s'arrête, et regarde et soupire...

Le roi, le juge, au trône s'est assis. « Nobles seigneurs, appuis de votre maître. Dit-il enfin, vous souscrirez peut-être Au juste arrêt, que je vais prononcer.

Je sais punir

'JZ Œuvres de Millevoye.

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