GALLUS
ÉGLOGUE DIXIÈME
Viens, préside, Aréthuse, au dernier de mes chants. Peu de vers pour Gallus, mais si doux, si touchants, Que même Lycoris s'empresse de les lire ! Eh ! qui, pour mon Gallus, ne monterait sa lyre ? Que, pour prix de tes soins, ton cristal toujours pur Des flots siciliens perce le sombre azur, Et que n'ose jamais l'épouse de Nérée Mêler son amertume à ton onde sacrée ! Commençons, et tandis que, des jeunes ormeaux, Nos chevreaux pétulants tondent les verts rameaux, Chantons Gallus en proie à sa langueur secrète. Rien n'est sourd à mes chants : la forêt les répète.
Nymphes des eaux ! quels bois vous dérobaient au jour, Quand Gallus expirait d'un déplorable amour ! Le Pinde et ses coteaux, l'Hippocrène et sa source. N'avaient point cependant retenu votre course. Les lauriers, la bruyère, ont pleuré ses destins; Lycée, aux antres verts, et Ménale, aux longs pins, Pleuraient Gallus couché sous la roche déserte :