Œuvres de Millevoye
Ses bêlantes brebis vont lamentant sa perte... Ne les dédaigne pas, Gallus, au bord des eaux: Le charmant Adonis a gardé les troupeaux.
Le pâtre vient; des bœufs, vient pesamment le guide ; De la froide glandée encore tout humide, Ménalque vient. Phébus vient lui-même: « Insensé ! Lycoris, près d'un autre, habite un camp glacé ! » Secouant de grands lis et des fleurs bocagères, Silvain parut, orné de guirlandes légères. Pan , à son tour, le tient d'hièble coloré : « D'un éternel ennui seras-tu dévoré ?
Dit-il. Le traître Amour s'applaudit de tes peines. L'herbe des prés a soif de l'onde des fontaines. L'abeille, de cytise, et l'Amour, de nos pleurs. »
Triste, il répond : « Témoins de mes longues douleurs. Dites-les à vos monts, pasteurs de l'Arcadie, Pasteurs seuls renommés pour votre mélodie ! Oh ! si vos doux accords redisaient mon tourment, Que Gallus au tombeau dormirait mollement ! Plût aux dieux que Gallus eût vos champs pour patrie ! Ou pâtre, ou vendangeur de la grappe mûrie. J'eusse obtenu l'amour d'Amynte ou de Phyllis ; L'une ou l'autre, n'importe! Ah ! si l'éclat des lis Refusa d'embellir le teint bruni d'Amynte, Noire est la violette, et noire est l'hyacinthe. Près de moi, sous le saule aux mourantes couleurs, L'une eût chanté des airs, l'autre eût cueiUi des fleurs. Là, sont des eaux, des prés ; là flotte un mol ombrage ; Là, nous eussions vieilli, consumés d'un même âge.
Mais, loin de ton pays, sous les tentes de Mars,
Traductions, 145
Le fol amour t'entraîne à travers mille dards. Des Alpes et du Rhin, il est donc vrai, cruelle, Tu braves, et sans moi, la froidure éternelle! Ah I que puissent, du moins, t'épargner les frimas ! Que les glaçons tranchants n'offensent point tes pas!
«J'irai! sur les pipeaux qu'entendit Syracuse, J'oserai de Chalcis reproduire la muse : Dans les antres des bois, plongeant mes pas errants, J'irai seul défier leurs hôtes dévorants. Racontant mes amours, leurs écorces fidèles Croîtront... O mes amours, vous croîtrez avec elles !
« Aux nymphes du Ménale osant m'associer. J'atteindrai de mes traits l'horrible sanglier; De chiens hurlants, malgré ses glaces conjurées. Je ceindrai Parthénie et ses forêts sacrées. Mais déjà je parcours le bois retentissant : Du Parthe, sous ma main, siffle l'arc menaçant; Il lance du Cretois la flèche inévitable. Trompeurs soulagements ! l'Amour impitoyable Daigne-t-il s'attendrir aux tourments des humains ? Loin de moi, chants d'amour. Dryades et Sylvains ! Forêts, disparaissez! votre ombre m'importune : Rien ne peut, je le sens, tromper mon infortune. De l'Hèbre et du Strymon quand je boirais les eaux, Quand aux champs libyens bondiraient mes troupeaux, Sous l'orme desséché que Sirius dévore, L'Amour, l'ardent Amour m'y poursuivrait encore L'Amour soumet le monde, et je cède à l'Amour »
Muses! laissons dormir les échos d'alentour; III. 10
Œuvres de Millevoye.
C'est assez. Vous m'avez révélé vos merveilles, Tandis que, sous l'ombrage, en légères corbeilles Ma main arrondissait les joncs obéissants; Donnez, près de Gallus, du prix à mes accents, Lui, pour qui chaque jour croît mon amitié tendre. Comme on voit au printemps l'ormeau croître et s'étendre.
Mais l'ombre est, comme aux fruits, fatale aux chalumeau3 Du noir genévrier redoutons les rameaux; Rentrons ! Vesper a lui : rassasiés d'herbage, Allez, chevreaux, allez; quittez le pâturage.