‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 46 sur 120 · DIOGENE, MAUSOLE · texte numérisé non relu

DIOGENE, MAUSOLE

DIOGÈNE

Ch, dis-moi; d'où te vient tant d'orgueil, je te prie, Fantôme décharné qui fus roi de Carie ? Veux-tu voir tous les morts prosternés devant toi ?

MAUSOLE

Milet et l'Ionie ont fléchi sous ma loi.

Mes armes ont soumis l'insulaire sauvage,

Et porté la terreur au lydien rivage.

Monarque de Carie, heureux et redouté,

On vantait mon courage, et même ma beauté.

J'ai vécu ; mais, du moins, ma tombe sans pareille.

Aux murs d'Halicarnasse, imposante merveille.

Dérobe ma dépouille à l'insecte rongeur;

Elle appelle de loin les yeux du voyageur :

Saisi d'étonnement, il approche, il admire

Ces coursiers animés, ce marbre qui respire,

Et consent avec peine à détacher ses yeux

De ce tombeau, rival des temples de nos dieux.

278 Œuvres de Mill evoye.

Tu conçois maintenant, mon très cher Diogène^ Qu'on ait un peu d'orgueil ?

DIOGÈNE

Ce n'est pas trop la peine :

Un vain sceptre, un visage autrefois assez beau , Des marbres, l'un sur l'autre arrangés en tombeau,. Que trouves-tu donc là qu'un appareil frivole?

MAUSOLE

N'est-ce rien? Réponds-moi.

DIOGÈNE

C'est moins que rien, Mausole.

Ta couronne est en poudre et ton sceptre en débris: Et si de la beauté l'on adjugeait le prix, J'y pourrais concourir, sans te faire une injure : Car enfin je suis chauve, et toi sans chevelure : Je suis sec : tu n'es pas trop chargé d'embonpoint ; Tes yeux te sont ravis; et moi, je n'y vois point; Et notre nez hideux, prenant un centre énorme, D'aquilin qu'il était, en camard se transforme. On n'aurait, entre nous, que l'embarras du choix. Quant à ton monument, sans peine je conçois Que sa noble structure et sa pompe et sa grâce. Soient devenus l'orgueil des murs d'Halicarnassc : Mais à quoi t'ont servi ces marbres superflus, Si ce n'est à broyer tes vieux os vermoulus ?

MAUSOLE

Cette magnificence à tes yeux paraît vaine ! Ainsi l'on confondrait Mausole et Diogènc?

Traductions.

DIOGENE

On se méprendrait fort. Ombre pleine d'orgueil, Tu pleures ton néant, et je ris de ton deuil. L'édifice, élevé par ta veuve Artémise, Te charme ; et je ne sais où ma dépouille est mise. Peu m'importe! je laisse un autre monument, Oui, préférable au tien, doit durer constamment; Ma vertu. Désormais, bravant le cours des âges, Je revivrai par elle, au souvenir des sages.

28o CEuvres de Alillevoye.

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