Vers de V Iliade. (Note de l'auteur
Œuvres de Millevoye.
Chacun d'eux consulta l'avenir incertain, Quelque mauvais sorcier, soi-disant de Chaldée, Quelque vieille Pythie à la face ridée. L'un d'eux obtenait-il un succès éclatant, L'autre, le jour d'après, en obtenait autant : L'oracle interrogé leur annonçait sans cesse Partage de bonheur, de gloire, de richesse.
Ou'advint-il?
DIOGEXE.
CRATES.
Deux parents possèdent leurs trésors; Mérique et compagnie, en même temps, sont morts. Ils voguaient, vers Cyrrha, sur la mer agitée : Le vent du nord s'élève; il emporte Aristée. Mérique survivait : hélas ! le même vent Noie avec son espoir notre dernier vivant.
C'est justice. Pour nous, la chance est plus certaine.
M'a-t'on vu souhaiter le trépas d'Antisthène,
Pour avoir après lui son bâton d'olivier?
Et, toi, Cratès, vins-tu jamais à m'envier
Mes haillons, mon tonneau, mes lupins, ma besace ?
CRATÈS
Qui n'a besoin de rien, de rien ne s'embarrasse. Nous sommes tous les deux possesseurs des vrais biens ; Tu les as d'Antisthène, et de toi je les tiens; Fortune inépuisable, et que j'estime encore Plus que le riche empire où s'éveille l'Aurore.
Traductions, 295
Et ces biens, quels sont-ils ?
CRATÈS
Tu le sais mieux que moi- Ce sont la liberté, l'honneur, la bonne foi, La sagesse.
DIOGÈNE
Fort bien. J'ai reçu d'Antisthène Ce trésor, que pour toi j'augmentai, non sans peine.
CRATÈS
Xul avide héritier, jaloux d'un tel trésor, Xe nous a courtisés : sagesse n'est pas or.
Elle est mille fois plus. Mais non : ces âmes vides,
Pareilles au tonneau des pâles Danaïdes,
Xe peuvent retenir les semences du bien.
Pour l'or, c'est différent : elles le gardaient bien.
CRATÈS
Xous seuls riches, parmi l'indigence commune, X'ous avons conservé notre intègre fortune ; Et chacun de ces fous ici n'apportera Rien qu'une obole ; encor Caron la retiendra ! .
OEuvres de Millevoye.