‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 81 sur 120 · DIOGENE, HERCULE · texte numérisé non relu

DIOGENE, HERCULE

DIOGÈNE

Par Hercule ! c'est bien Hercule que je vois. C'est sa peau de lion, son arc et son carquois, Et sa lourde massue, et sa taille, et lui-même. Fils du grand Jupiter! par un hasard extrême, Ne serais-tu qu'un mort ? Je t'adorai pourtant Comme un dieu.

HERCULE

Tu fis bien. De l'Olympe habitant, Le véritable Hercule épuise en paix la coupe, Qu'offre Hébé, sa compagne, à la divine troupe. De cet Hercule-là, je suis l'ombre.

D'accord.

L'ombre d'un dieu pourtant ! Cela me paraît fort. Une moitié mortelle, une moitié céleste : A la bonne heure.

348 OEuvres de Millevoye.

HERCULE

Eh quoi ! tu ris ! Je te proteste Que je ne suis qu'une ombre et qu'Hercule est un dieu.

DIOGÈNE

Je t'entends ; et tu tiens sa place en ce bas lieu ?

HERCITLE.

Précisément.

DIOGÈNE

Éaque a pourtant l'œil sévère.

11 n'aurait point admis une ombre mensongère.

HERCULE

Oh ! c'est que je ressemble au héros trait pour trait.

DIOGÈNE

If est vrai : le plus fin tous deux vous confondrait. Qui sait? Peut-être es-tu le véritable Alcide? Tandis que chez les dieux ton fantôme réside, Et reçoit le nectar des mains de ton Hébé.

HERCULE

Tu plaisantes, je crois? Tu n'es pas bien tombé, Impertinent bavard ! Cesse, ou ma main pesante Te ferait voir bientôt quel dieu je représente.

Ombre, je ne crains pas une ombre comme moi. Mais lorsque tu vivais, réponds de bonne foi , Ne formais-tu qu'un tout de deux parts divisées? Les deux n'étaient-ils qu'un?

Traductions. ^4,0

HERCULE

De tes sottes risées Je devrais te punir, en ne répondant rien. Je veux bien cependant poursuivre l'entretien... Du fils d'Amphitryon tu vois l'ombre légère; Le fils du roi des dieux est auprès de son père. M'entends-tu maintenant?

DIOGÈNE

Alcmène eut, c'est fort clair, Deux jumeaux.

HERCULE

Deux en un. '

DIOGÈNE

Cela m'aurait bien l'air Du Centaure, formé de parts hétérogènes.

HERCULE

Vous-mêmes qui parlez, créatures humaines, N'êtes que l'assemblage et de l'âme et du corps.

DIOGÈNE

Oui; mais le corps périt, l'âme vient chez les morts; L'Olympe n'attend rien. Pour toi, c'est autre chose : Comme de trois moitiés ton être se compose, Trois Hercules alors sont de nécessité.

HERCULE

Comment ?

350 Œuvres de Millevoye.

DIOGENE

Ton corps, ton ombre, et ta divinité, Font bien trois : à ce corps, qui n'est plus que poussière, Il faudra bien aussi que tu donnes un père?

HERCULE

Je te tiens pour sophiste, ou pour grammairien. Mais, toi, le beau parleur, quel es-tu?

DIOGÈNE

Presque rien, Diogène, habitant de Sinope, et, du reste. Mort tout entier, n'ayant en moi rien de céleste. Les véritables dieux, par moi, sont révérés; Mais je ris du mensonge et des dieux enterrés.

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