Autre pièce du même auteur. {Note de l'auteur
30 OEuvres de Millevoye.
Répandant contre moi des torrents d'amertume,
Informait le public de vos secrets dépits.
Je vous rends grâce encor : vous pouviez faire pis.
FABRE
Vous m'accordez un point : c'est que ma dictature Ne s'étendit jamais sur la littérature.
Pour mes délassements, je n'eus le temps, au plus, Que de débaptiser les enfants de Janus.
COLLIN
N'est-ce pas vous, aussi, qui, frondant nos coutumes, Changiez le nom des saints, en celui des légumes?
FABRE
J'y suis pour quelque chose. Où je fus sans égal, C'est dans le nom des mois en ose, en or, en al.
COLLIN
Voilà pourquoi vos vers ont si peu d'harmonie : Vous gardiez, pour les mois, toute votre euphonie.
FABRE
Ne préférez-vous pas vos vers mal agencés. Et vos enjambements l'un sur l'autre entassés, Et votre poésie à la prose pareille ?
COLLIN
Cette prose, du moins, ne blesse pas l'oreille. Mais, tenez, j'aperçois Cailhava d'Estandoux : Il est homme de l'art : qu'il décide entre nous !
Dialogues. ^i
FABRE
Soit en brumaire an neuf, soit en vendémiaire.
Ne publia-t-il pas un livre sur Molière?
Le style lapidaire y domine, je crois :
Le lecteur y retrouve, à plus de vingt endroits.
Ces mots : LISEZ MOLIÈRE, en grandes majuscules.
COLLIN
Eh ! chacun n'a-t-il pas ses petits ridicules ? Il est bon juge au fond. Voulez-vous le choisir?
FABRE
Soit.
COLLIN
Avez- vous, confrère, un instant de loisir?
CAILHAVA
Tout à vous. Mais à quoi puis-je vous être utile ?
COLLIN
A nous juger. Lequel préférez- vous d'un style Ou diffus, mais coulant, ou ferme et rocailleux?
CAILHAVA
Je voudrais qu'il fût ferme et fût harmonieux. Que Collin prît à Fabre un peu de sa rudesse. Et parfois lui prêtât son aimable mollesse. Tout serait pour le mieux.
FABRE
Tout est déjà fort bien.
^2 OEuvres de Millevoye.
CAILHAVA, à part.
Il est modeste : on voit qu'il fut comédien.
FABRE
Je m'en tiens à mon lot. Chacun a sa manière.
CAILHAVA
Oui, monsieur, et la bonne est celle de Molière.
COL LIN
Il dit vrai. Quelques dons nous furent départis, Mais nous ne sommes grands qu'au milieu des petits. Enfin, quelles que soient là-bas nos renommées, Auprès de ce géant, nous semblons des pygmées.
FABRE
Ne parlez, s'il vous plaît, que pour vous seulement. Vous faites les honneurs un peu trop largement. Souvent la modestie en abus dégénère.
COLLIN
Non pas chez vous, vraiment, très honoré confrère.
FABRE
Je m'estime à mon prix. Mais qui se dit un sot Court un petit danger, c'est d'être pris au mot.
CAILHAVA
Seriez-vous du pays? Vous méritez d'en être. De l'églantine d'or, qui vous y fit connaître.
Dialogues. 53
Vous avez pris le nom : il est mélodieux;
Vous l'eussiez composé, qu'il ne serait pas mieux.
FABRE
Je l'ai rendu célèbre...
CAILHAVA
En plus d'une carrière.
FABRE
Et vous, qu'avez- vous fait?
CAILHAVA
Moi 1 J'ai relu Molière.