FABRE D'EGLANTINE, COLLIN D'HARLEVILLE, CAILHAVA
COLLIN
Eh ! c'est ce pauvre Fabre ! Il m'a bien maltraité; Mais il fut malheureux, et j'ai bu du Léthé. Sans rancune, confrère !
FABRE
Enfin, viens-tu me rendre Mes Châteaux en Espagne^ , ou comptes-tu me prendre Quelque nouveau sujet, quelque plan ?
COLLIN
Mon Dieu, non.
Je n'ai jamais rien pris, pas même à du Buisson ^. Mais je n'osais compter sur ce tendre langage : Tutoiement d'amitié !
1. Fabre prétendait, sans aucune preuve, que Collin lui avait dérobé ce sujet. (jVo/e de l'auteur.)
2. Auteur d'une comédie intitulée le Vieux Garçon. {Note de V auteur.)
28 OEuvres de Millevoye.
FABRE
Ce n'en est pas le gage.
COLLIN
Pour vous, cette formule est, à ce que j'entends, Un heureux souvenir, un reste du bon temps.
FABRE
Du moins, à moi tout seul, j'ai fait des comédies Écrites chaudement, chaudement applaudies; Je n'ai point d'Andrieux emprunté les secours.
COLLIN
Ah ! vous me rappelez les plus beaux de mes jours. Commerce utile et doux ! Souvent son redevable. Je cherchais à ne point demeurer insolvable. Cher Andrieux !... Jamais le reproche jaloux. Que vous m'adressez là, ne tombera sur vous, D'Églantine.
FABRE
Eh bien ! donc, qu'est-ce que tu m'allègues ?
COLLIN
Vous n'eûtes point d'amis : vous aviez des collègues.
FABRE
J'ai fait le Philinte.
COLLIN
Oh ! parlez-moi de cela.
Dialogues. 29
FABRE
Les Précepteurs.
COLLIN
Encor.
FABRE
L'Intrigue...
COLLIN
Halte-là.
Il faut la renvoyer, avec Être et paraître'^, Dans le petit castel dont de Crac^ est le maître. Votre Sancho femelle est un rôle calqué, Et votre barbouilleur n'est qu'un Pierrot manqué.
FABRE
Je veux bien me réduire aux deux autres chefs-d'œuvres Ceux-là vous auront fait avaler des couleuvres, Convenez...
COLLIN
Point du tout. Charmé de vos succès, Comme si vous m'aimiez, je vous applaudissais.
FABRE
Le trait est généreux.
COLLIN
Cependant votre plume,