DE L'HOMME DE LETTRES
La première édition {Paris, Capelle et Renaud, 1806, {0-4." de 14. pages) est, dans son ensemble, peu ditférente de la dernière. Il y a pourtant des variantes qui méritent d'être conservées.
Rien ne peut du génie enchaîner les élans :
Il aime à parcourir des régions nouvelles ;
Ce n'est point, pour ramper, qu'il a reçu des ailes.
Le vulgaire ne voit que par les yeux d'autrui ;
Le sage voit, observe et juge d'après lui;
De l'austère équité , sa main tient la balance ;
Son esprit vigilant étudie en silence,
Apprend le cœur hum.ain, cherche à le définir.
Et des maux du passé préserve l'avenir.
Seul au sein de la foule et dégagé d'entraves ,
Il élève un front libre, au milieu des esclaves.
L'air impur des cités ne corrompt point ses mœurs;
Etranger aux partis et sourd à leurs clameurs...
Il ne profane point la candeur de sa plume...
Rousseau, doué d'une âme indépendante et fière... Foulant aux pieds les biens que le vulgaire adore, Que leur préfère-t-ii ? Un rayon de l'aurore.
Fier de s'appartenir, le mortel studieux Des bois inspirateurs ami silencieux.
N'ira point, s'arrachant à ses loisirs utiles. User son avenir en des cercles futiles....
I lO OEuvres de Millevoye.
L'ami des doux loisirs, dans l'humble solitude... Comme il méprise alors tant de vils adversaires... Quand des rivaux, jaloux de sa célébrité, Cherchent à le couvrir de leur obscurité,
II luit à nos regards, plus radieux encore. Ainsi l'astre éternel que l'Orient adore, Chassant des noirs brouillards l'amas séditieux, Apparaît plus brillant et s'empare des cieux... Des chagi-ins de la vie il recueille l'histoire
Et pour lui l'infortune est un pas vers la gloire... Libre à la cour, soumis aux rois, mais sans bassesse, Devant eux il s'incline et jamais ne s'abaisse ; Si le crime puissant veut contraindre sa voix A chanter l'injustice et le mépris des lois, Ferme et se reposant sur sa vertu rigide Il oppose au pouvoir un silence intrépide. D'un généreux transport son grand cœur animé. Quel que soit l'oppresseur, protège l'opprimé...