‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 31 sur 62 · ANTIGONE, ÉGINE · texte numérisé non relu

ANTIGONE, ÉGINE

ÉGIN E.

Les dieux ne rendront point à vos cris superflus Un frère infortuné, qui ne vous entend plus. Depuis l'instant fatal où, près de vos murailles. Son corps est étendu, privé de funérailles. Vos yeux n'ont pas encor cessé de le pleurer.

ANTIGONE

Autour de ce palais, ne vois-tu pas errer

De la destruction les déesses cruelles?

La race de Laïus disparaît devant elles.

O mânes paternels! vous êtes trop vengés.

Mes deux frères sont morts, l'un par l'autre égorgés :

La promesse d'OEdipe est enfin accomplie,

Hélas! et c'est la mort qui les réconcilie!

Je les aimais tous deux; mais, près de moi nourri,

Tu le sais, Polynice était le plus chéri ;

De son frère orgueilleux il n'eut point la rudesse ;

La seule ambition aveugla sa jeunesse.

Vivant, il fut proscrit... Par un crime nouveau,

Créon, après sa mort, Pexile du tombeau.

O Thèbe ! ô ma patrie ! un tyran sanguinaire

A l'héritier des rois refuse un peu de terre !

Quoi ! dans les champs thébains reposant sans honneurs,

Il demande une tombe, et n'obtient que des pleurs î

Quoi ! retenu cent ans sur la rive infernale,

Il verrait loin de lui fuir la barque fatale.

Et je le souffrirais ! Mon frère, apaise-toi :

Un cercueil t'est promis.

ÉGINE

Qui donc oserait...?

ANTIGONE

Moi.

ÉGINE

Créon l'a défendu par un édit sévère; Créon est votre roi.

Notes des poèmes didactiques, i^i

ANTIGONE

Polynice est mon frère.

Qui vous conduit?

EGIN E.

ANTIGONE

Les dieux.

ÉGIN E.

Qu'espérez-vous ?

ANTIGONE

La mort.

ÉGIN E.

Tel sera donc le prix d'un si noble transport!

ANTIGONE

C'est le seul où j'aspire. Il est temps que j'expie,

Par un pieux trépas, une naissance impie.

Je renonce sans peine à la clarté du jour :

Mes yeux ne verront plus ce sinistre séjour,

Cette cour exécrable oîi Créon parle en maître,

Le trône de Laïus profané par un traître,

Ce trône où, si longtemps, Œdipe, incestueux.

Au sein même du crime a vécu vertueux.

Race de Labdacus ! déplorable famille !

Levez-vous, et venez recevoir votre fille.

O mon frère ! déjà Jocaste, près de toi.

S'avance aux bords du Styx, les bras tendus vers moi.

Adieu, pieux autels de nos dieux domestiques !

Adieu, palais, témoin de nos malheurs antiques !

O sentiers de Daulis ! ô chemin ténébreux,

Funèbres confidents d'un parricide affreux!

Terre où l'horrible Sphinx exerça ses ravages !

Cithéron ! ouvre-moi tes cavernes sauvages !

D'un père infortuné triste et sanglant berceau.

Rochers du Cithéron, vous serez mon tombeau.

ÉGINE

On apporte des fers !

1^2 OEuvres de Millevoye.

ANTIGON E.

Soldats, mes mains tremblantes S'offriront sans regrets à vos chaînes pesantes : Hélas ! elles n'ont plus un père à secourir ! Elles n'ont plus, mon frère, une tombe à t'ouvrir !

Page 89, vers 9. — La Bible fournit de beaux traits d'amour maternel; outre ceux que j'ai cités ^ il en est d'autres, susceptibles de beaucoup d'intérêt; on aurait pu rappeler la touchante histoire de Ruth et Noémi. Le jugement de Salomon peint d'un trait le cœur de la véritable mère.

Page 89, vers 16. — Vox in Rama audita est, dit Jérérme^ploratus et ululatus multus : Rachel plorans filios suos, et noluit consolari, quia non sunt.

« Une voix a été entendue sur la montagne avec des pleurs et beaucoup de gémissements : c'est Rachel pleurant ses fîls; et elle n'a pas voulu être consolée, parce qu'ils ne sont plus. »

Je ne me suis pas flatté de traduire la majesté sombre et calme de cette phrase de l'Ecriture sainte. Il est impossible de rendre , dans tout leur charme , noluit et quia non sunt. « C'est toute la mère, a dit M. de Chateaubriand : une religion qui a consacré un tel mot, connaît bien le cœur maternel. »

Bien que je doive craindre le désavantage de la comparaison, je ne puis m'empêcher de citer ici un fragment d'une scène l3Tique, composée par madame la baronne de Staël-Holstein.

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