‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 51 sur 62 · I. Le convoi du duc de Montebello, (Noie de l'auteur · texte numérisé non relu

I. Le convoi du duc de Montebello, (Noie de l'auteur

Variantes des poèmes héroïques. 3^3

Prenez ma place, et rendez-lui son père : Fuyez ! — Qui ! moi ! fuir, et t'abandonner ! Sauver mes jours, aux dépens de ta vie! Ah ! loin de moi cette coupable envie ! Je ne veux pas deux fois t'assassiner.

— Une autre issue est encor sous ces voûtes , Reprend Edmond ; j'en ai connu les routes : Brisez mes fers, il suffit, et mes yeux Demain verront et mon maître et les cieux. Partez, Seigneur! ma voix vous en conjure. » Un bruit alors frappe l'enceinte obscure ; Deux envoyés se montrent, dans la nuit : Edmond s'écarte, et son maître les suit. Le digne Edmond demeure seul... Sa vue. Du noir séjour, ne cherche point l'issue : Il n'en est pas ! et sa fidélité A par vertu trahi la vérité.

Les envoyés espéraient, dans leur fuite, Des surveillants éviter la poursuite :

Par un sentier caché sous les remparts. Ils s'échappaient, quand des gardes épars. Se découvrant à leur vue alarmée.

Ont reconnu le prince des Lombards , A la lueur d'une torche enflammée.

Au même instant, ce captif détrôné , Vers Charlemagne, en triomphe est traîné...

Telle Ophélie a redit son tourment :

Elle se tait , non sans gémir encore ; Et sur sa harpe à la corde sonore Ses longs cheveux tombent négligemment.

Lors, Angilbert et son Ulda fidèle, Dans ces jardins par le soir embaumés.

S'entretenaient de leur chaîne nouvelle , Et s'égaraient, l'un de l'autre charmés : On aurait dit ces ombres amoureuses Qui , savourant leur ineffable hymen , Errent ensemble, aux demeures heureuses, Le front paré des roses de l'Eden, Touchés des maux de la vierge plaintive,

334 OEuvres de Mill evoye.

Les deux amants, d'une oreille attentive, Ont écouté le douloureux concert.

Timidement ils s'avancent près d'elle.

Elle tremblait, ainsi que la gazelle Que le chasseur surprend dans le désert, « Ne craignez point le destin d'Arabelle, Dit Angilbert ; et si jeune et si belle. Serait-ce à vous de brûler sans retour ? Il est un terme aux peines de l'amour. » Pour Ophélie inutile présage !

Son cœur flétri se ferme à ces accents. Et , tout entière au trouble de ses sens , Elle soupire, et voile son visage.

Le couple ému s'en retourna, comme elle. Vers le palais ; et durant le chemin , Sans lui parler, Ulda pressait sa main. Dès ce moment, une amitié fidèle Unit deux cœurs qui s'étaient entendus ; Les deux beautés ne se quittèrent plus. Au sein d'Ulda, la timide princesse N'osait verser le secret qui l'oppresse ; Mais , bien souvent , la serrant sur son cœur, Elle disait : « Que ne suis-je ta sœur! » Ulda l'entend, mais, discrète et craintive. Epargne encor sa souffrance trop vive...

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