Torfoeus, Hist. Norw., t. II. — Olavins in Slcphau
356 Œuvres de Millevoye.
« Les souverains, pour la plupart, cultivaient euxmêmes la poésie et se plaisaient à mêler aux voix des scaldes leurs voix royales et guerrières. Plusieurs sont cités avec honneur dans la littérature runique. Harald aux beaux cheveux honora d'une élégie le tombeau de Snafrid, son épouse. Hakon, son fils, improvisa un chant ingénieux, pour répondre au scalde Ewind; et 6>/a/" composa un hymne, après la victoire d'Erling.
« Les scaldes improvisaient avec une merveilleuse facilité sur toutes sortes de sujets ; leur poésie était énergique , imitative et abondante en images frappantes et en expressions animées. Ils se plaisaient à y mêler des allégories, des fables, des allusions, et surtout des sentences et des proverbes.
« La concision et la hardiesse de leur style rendent presque impossible une bonne traduction de leurs chants : souvent ils n'emploient qu'un mot pour une grande pensée ; d'autres fois ils se servent de périphrases et de métaphores pour s'exprimer poétiquement.
« Il est étonnant qu'un peuple guerrier, impétueux et presque barbare, ait pu astreindre son génie poétique à des règles compliquées, à un mécanisme devers non moins difficile et aussi minutieux que celui de nos rondeaux, de nos sonnets et de nos acrostiches : ils possédaient cent trente-six sortes de vers, qu'ils employaient selon les genres de poésie et les circonstances qu'ils célébraient. Tantôt ils assignaient à leurs syllabes finales et identiques un retour plus ou moins fréquent , et combinaient avec beaucoup d'art le redoublement de leurs sons et les effets qu'ils devaient produire ^ : tantôt ils distribuaient leurs vers en strophes plus ou moins longues ; si c'était un chant de guerre ou un hymne religieux , leur rythme était mâle et sévère, et divisé par des chœurs et des refrains.
« Ce que nous savons de la littérature des scaldes doit nous faire regretter d'avoir perdu la plus grande
I. Schiltcrs, Thés. Aiiti<j. Teu., t. I. — Wormius, Jpp. ad, LU. Runic. — Loccenius, Aiitiij. Sveogolh,, \, II, c. xvi.
Notes des poèmes héroïques. 357
partie de leurs vers. Où sont les chants du fameux Starkotter, l'Hercule du Septentrion , qui célébra ses propres victoires et ses diverses aventures ? Où sont les chants composés sur Attila ; ceux du roi Biar, dont il ne nous reste que cette épitaphe : Biar tomba, rit et mourut ? Où sont les chants qn'A/doing fit sur les Gépides ; ceux qn'Bgin/iard recueillit parmi les Saxons, et tous ceux enfin qu'avait rassemblés la bibliothèque de Tolède ' ? »
Page 271, vers 26. — Les Danois étaient plus cruels que les Saxons, dans leurs sacrifices. Lorsqu'ils voulaient détourner d'eux un péril , ou se rendre les dieux propices, les rois n'épargnaient ni le sang de leurs sujets ni celui de leurs propres enfants. Akon, roi de Norwège, dévoua son fils à Odin , pour obtenir la victoire sur Harald, son ennemi. Le prêtre consacrait la victime, par ces mots : Je te dévoue à Thiir, ou Thor, l'un des fils d'Odin. (North. antiq.)
Page 272, vers i. — La religion des Scandinaves était éminemment destinée à inspirer un courage fondé sur le mépris de la mort.
« Le Niflheim, enfer des Scandinaves 2, était composé de neuf mondes, réceptacles affreux des criminels, des lâches et de ceux qui mouraient sans gloire. Dans le premier , réside Héla ou la Mort ; la moitié de son corps est bleue, le reste a la couleur de la chair vivante; et ces deux nuances marquent le passage de l'existence à la dissolution 3.
« Le seuil de sa porte est un précipice Près de là
se découvre le sombre Nastroud, ou le rivage des cadavres *. Là s'élève une maison , dont les fenêtres sont
1. Avent. Annal. Boj., 1. II, p. 130. — Torf. Ser. Dyn. cl Recr. Dan., 1. 1, c. VII. — Paul Diac, Hist. Long,, I, I, c. xxvii, — Egin., in Vilà Carol. Magu. — Alv. Gomez, de Reb. gest. Franc. Ximenii, 1. XI.