Rudbeck, Atlaui., t. I, II et III
Notes des poèmes héroïques. 359
mort, et ils y prenaient leur rang, d'après le nombre des ennemis qu'ils avaient tués. Nul ne pénétrait dans le Valhalla, s'il n'avait péri de mort violente : aussi les femmes qui accouchaient d'un fils demandaient-elles aux dieux, qu'il mourût dans les combats ; et souvent les guerriers et les vieillards qui se sentaient malades s'étranglaient ou se perçaient de leurs épées, pour échapper à l'ignominie d'une mort naturelle 1.
« Dès l'aube du jour, la bergère Gygur, assise sur une colline, réveille les hôtes heureux du Valhalla, aux sons de la harpe. Bientôt Fialar, ou le Coq ronge, perché sur un palmier d'or, fait entendre son chant national : c'est le signal des jeux guerriers. Aussitôt les habitants d'Asgard sortent de leurs pavillons: ils sont couverts de leurs armes ; c'est le seul bien qu'ils aient voulu garder de tous ceux qu'ils eurent sur la terre. Leur foule héroïque traverse cinq cents portes resplendissantes, pour se rendre, au son des clairons, dans la lice préparée pour le combat : là, ils s'attaquent mutuellement, se font de larges blessures et se donnent le trépas ; mais ce trépas est aussi court qu'un léger sommeil , et interrompt à peine leur immortalité ; car, aussitôt que l'heure du repos et des festins est arrivée, la lyre deBraga les ressuscite; et des vierges, roses comme l'aurore, viennent panser leurs blessures 2.
« Les braves retournent dans les salles du Valhalla, où le banquet est préparé. Les chairs brûlantes du sanglier Scrimner sont servies sur les disques des boucliers; et les Valkyries, couvertes d'armes blanches, font couler la bière et l'hydromel dans les crânes des vaincus. Vidant, à la lueur de mille flambeaux, les coupes écumantes , ils savourent à longs traits l'allégresse et l'oubli des maux 3. ,
« Pendant le repas, les Fées célèbrent sur la harpe
1. Stalenberg, p. 76, not. 2. — Pelloutier, t. II, c. xii, p. 502, not. 32.