‹ ŒuvresChapitre 10 sur 192 · I. Elégies, i^ édit., Rosa, 1812, p · texte numérisé non relu

I. Elégies, i^ édit., Rosa, 1812, p

38 OEuvres de Millevoye.

Condamnée à de longs tourments ; Où, dès la renaissante aurore, Le père, que je pleure encore.

Respirait mon souffle incertain ; Où, près de lui, son noble frère Disait : « Je suis aussi ton père ! » Et rêvait mon futur destin !

Ces deux amis de mon enfance Dorment sous la tombe, et mes yeux, Privés de leur douce présence, Ne les reverront plus qu'aux cieux.

Heures douces et passagères.

Où les amertumes légères, De l'enfance sont les malheurs !

Age d'innocence et de grâce.

Où, pour elle, un si court espace Sépare les ris et les pleurs !

Que je regrette votre fuite !

Gloire, plaisirs, fortune, amour.

Caressant mon âme séduite.

Vinrent me bercer, à leur tour.

Perfide attrait ! faveur cruelle !

C'est ainsi que l'onde infidèle Balance d'abord mollement La fragile et vague nacelle.

Qu'engloutit son gouffre écumant.

Tout m'a trahi, le bonheur même.

J'aimai ! j'aimai d'amour extrême ; Comme j'aimai, je fus chéri...

Elégies. 39

Elle était jeune, aimable et belle, Et quatre fois l'herbe nouvelle Déjà sur sa tombe a fleuri.

Avant de quitter la lumière, Elle me dit : « Ne pleure pas !

Tôt ou tard tu me rejoindras ; Seulement, je pars la première. »

Et moi, fidèle à mes ennuis, Au murmure du vent d'automne.

Dès que le triste oiseau des nuits Mêle sa plainte monotone.

J'écoute, et d'instants en instants, Il me semble sous la ramée Ouïr cette ombre bien-aimée.

Qui vient me dire : « Je t'attends ! »

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