L'ANNIVERSAIRE
Elégie couronnée, e?i 1807, par l'Académie des jf eux floraux.
Hélas ! après dix ans, je ^e^'ois la journée, Où l'âme de mon père aux cieux est retournée. L'heure sonne : j'écoute... O regrets ! ô douleurs ! Quand cette heure eut sonné, je n'avais plus de père : On retenait mes pas loin du lit funéraire; On me disait : « Il dort » ; et je versais des pleurs.
Mais du temple voisin quand la cloche sacrée Annonça qu'un mortel avait quitté le jour, Chaque son retentit dans mon âme navrée,
Et je crus mourir à mon tour.
Tout ce qui m'entourait me racontait ma perte : Quand la nuit dans les airs jeta son crêpe noir, Mon père, à ses côtés, ne me fit plus asseoir,
36 OEuvres de Millevoye.
Et j'attendis en vain à sa place déserte Une tendre caresse et le baiser du soir.
Je voyais l'ombre auguste et chère
M'apparaître. toutes les nuits;
Inconsolable en mes ennuis^ Je pleurais tous les jours, même auprès de ma mère. Ce long regret, dix ans ne l'ont point adouci. Je ne puis voir un fils dans les bras de son père, Sans dire, en soupirant : « J'avais un père aussi ! » Son image est toujours présente à ma tendresse. Ah ! quand la pâle automne aura jauni les bois, O mon père ! je veux promener ma tristesse Aux lieux oi^i je te vis pour la dernière fois.
Sur ces bords que la Somme arrose, J'irai chercher l'asile où ta cendre repose :
J'irai d'une modeste fleur
Orner ta tombe respectée, Et sur la pierre, encor de larmes humectée,
Redire ce chant de douleur.
*A xMON BERCEAU 1
Frêle berceau, premier asile Oui protégeas mes premiers ans, Édifice comme eux fragile !
Reçois le tribut de mes chants.
Les soins d'une mère chérie Te gardaient à mon souvenir, Et sous le ciel de la patrie, Ma douce et longue rêverie Avec toi vient s'entretenir.
Tel, au retour d'un grand voyage, Le nautonier, battu des mers, Conte les maux qu'il a soufferts.
Au compagnon de son jeune âge.
Que sont devenus ces moments, Oii les tendres sœurs de mon père Me rendaient trois fois une mère