LA FLEUR
Fleur charmante et solitaire, Qui fus l'orgueil du vallon, Tes débris jonchent la terre, Dispersés par l'aquilon.
La même faux nous moissonne ; Nous cédons au même dieu ; Une feuille t'abandonne; Un plaisir nous dit adieu.
Hier, la bergère encore, Te -voyant sur son chemin, Disait : « Fille de l'Aurore, Tu m'embelHras demain ! »
Mais sur ta tige légère Tu t'abaissas lentement ; Et l'ami de la bergère Vint te chercher vainement.
52 OEuvres de Millevoye.
Il s'en retourne et soupire « Console-toi, beau pasteur Ton amante encor respire, Tu n'as perdu que la fleur
« Hélas ! et ma jeune amie, Ainsi que l'ombre, a passé ; Et le bonheur de ma vie N'est plus qu'un rêve effacé.
« Elle était aimable et belle :
Son pur éclat s'est flétri.
Et trois fois l'herbe nouvelle Sur sa tombe a refleuri. »
A ces mots, sous la ramée.
Je suis ma route, et j'entends La voix de ma bien-aimée Me redire : « Je t'attends. »