L'INQUIÉTUDE
Sais-tu pourquoi cet inquiet tourment, De mon bonheur empoisonne l'ivresse?
Sais-tu pourquoi, dans le plus doux moment, Mon œil distrait se voile de tristesse ? Pourquoi souvent, à ta' main qui la presse, Ma froide main répond négligemment ?
Le sais-tu ? Non. Connais donc ma faiblesse. Ris, tu le peux, de mes travers nouveaux : Je suis jaloux, et jaloux sans rivaux ! Quand le présent m'enivre de délices, Dans le passé je cherche des supplices. Ton cœur, réponds sans nul déguisement, N'a-t-il battu que pour moi seulement ? Durant les nuits, à l'heure oi!i tout sommeille. Jamais, dis-moi, les traits d'un autre amant N'ont-ils troublé tes songes ni ta veille ? Le regard fixe et le sein oppressé.
Te rappelant une image trop chère. N'as-tu jamais, le 5oir, près de ta mère.
54 OEuvres de Millevoye.
Laissé tomber le travail commencé ?
Tu me dis -.j'aime^ et d'une voix si tendre ! Ce mot charmant, pour moi seul l'as-tu dit ? Que sais-je ? Un autre avant moi l'entendit Peut-être !... Eh bien ! je ne puis plus l'entendre. Pardonne, hélas ! Dans mon trouble fatal, Je te parais injuste, ingrat... mais j'aime ! Ah ! songe bien que, pour l'amour extrême, Un souvenir est encore un rival.