LE TORRENT
Imitation du persan *
Le ciel s'épure, et le vent orageux N'agite plus le pin de la montagne; Mais du torrent les flots impétueux, Avec fracas, roulent dans la campagne.
Viens, ma Zaphné : dans ces sauvages lieux. Le doux printemps trouve encore un asile ; Viens, ma Zaphné, sous un ciel plus tranquille, T' asseoir au bord du torrent écumeux.
Sans le donner, promets-tu le bonheur, Baiser d'amour, dont le feu me dévore ? Le flot rapide entraîne cette fleur...
Fleur de beauté passe plus vite encore. A couronner le plus doux de mes vœux, Belle Zaphné, quoi ! ton amour hésite!
1. Publié dans VAlmanach littéraire, pour l'an i8o$, p. 168-69. " Cette pièce a été traduite en prose, avec beaucoup de grâce, par M. Parny, et sa prose est peut-être la meilleure critique de mes vers. » [Note de l'auteur.)
Elégies. 14.P
Songes-y-bien, le temps se précipite, Comme les flots du torrent écumeux.
Ange d'amour ! ange de volupté !
Pour ton amant, ta présence chérie Fait d'un désert un séjour enchanté ; Seul, avec toi, j'y veux passer ma vie. Fille charmante ! en sons mélodieux.
Fais retentir ta voix flexible et tendre... Qu'elle me plaît ! oh ! que j'aime à l'entendre S'unir au bruit du torrent écumeux !
Mais tu souris ! tu ne te défends plus... Ta bouche s'off're au baiser qu'elle implore. Dans un baiser expire ton refus...
O ma Zaphné! que peux-tu craindre encore? Hors ces ramiers, comme nous amoureux, Nous sommes seuls dans toute la nature : De tes soupirs, se perd le doux murmure, Dans le fracas du torrent écumeux.