LA LEÇON D'AMOURS
Zulmis à peine Avait quinze ans; Cheveux d'ébène, Traits séduisants, Joli corsage, Tendre maintien...
Nature sage N'oublia rien A son partage.
Zulmis, hélas !
De tant d'appas, Ne savait pas Encor l'usage.
Mirtil lui plut:
Elle reçut
Son tendre hommage.
Tous deux s'aimaient
I, Publié dans les Plaisirs du Poète, i""* édit., an X.
5^ Œuvres de Millevoye.
Et se donnaient, Dans le bocage, Baisers charmants, Quoiqu'innocents.
Un jour, qu'à l'ombre D'un bosquet sombre, Ils folâtraient.
Deux tourterelles Près d'eux étaient.
Qui roucoulaient, Se becquetaient, Et de leurs ailes Se caressaient.
Ce doux mystère , A la bergère, Donne à songer.
Et le berger.
Qui les contemple.
Ose tenter De profiter De leur exemple.
L'histoire dit Qu'il réussit.
Ils s'instruisirent De grands secrets; Ensemble ils firent Bien des progrès...
Les tourterelles.
Les plus fidèles, Même à leur tour.
Elégies. 157
Du couple tendre, Auraient pu prendre Leçon d'amour.
Mais de retour Dans le village, Quand, sous l'ormeau, Tout le hameau Cherchait l'ombrage; D'un tourtereau Du voisinage, Si quelquefois La douce voix.
Dans le feuillage.
Retentissait ; Zulmis, émue, Baissait la vue Et rougissait.
*NATHOS ET ZULMAi
Récit èUgiaqiic
Déjà l'été brûlant fuyait devant l'automne : La nature étalait sa beauté monotone; La feuille jaunissante, au gré de l'aquilon, Roulait à flots bruyans dans le creux du vallon : Et, de longs souvenirs l'âme encore oppressée, Je marchais au hasard; seul avec ma pensée. Soudain s'oftVe à mes yeux un modeste tombeau... L'éclat mourant du jour, le vallon, le ruisseau, Le pâle peuplier, qui dans l'air, en silence. Comme un fantôme errant, tristement se balance, Tout émeut, tout inspire un doux saisissement; Tout annonce à mon cœur la tombe d'un amant. J'écarte les rameaux de l'épaisse bruyère; Je m'incline, et je lis, sur la pierre grossière : « Ci gisent deux amants... » L'hermite du coteau Me conta leur histoire, assis sur le tombeau; Et ma muse aujourd'hui, de cyprès couronnée,