LA DEMEURE ABANDONNEE
La premiùre édition des Elégies (18 12) offre un texte absolument dirt'érent de celui que le poète avait remanié pour l'édition de 1814; en voici les principales variantes:
La nuit couvre les cieux des ombres de son aile ; C'est l'heure de l'amour et du recueillement. Cercles pompeux, en vain votre éclat me rappelle! De ce bruyant désert je m'échappe un moment...
J'irai visiter en silence L'asile où son ami la voyait chaque soir... De ces lieux si connus j'ai repris le chemin...
J'entre... elle n'est plus là!... j'écoute...
Tout reste muet sous la voûte
De ce séjour abandonné.
Seulement, dans la nuit obscure,
J'entends l'insecte qui murmure
Autour des réseaux d'Arachné.
Silencieuse aussi, je la retrouve encore, Cette harpe brillante , aux chants délicieux , Dont les cordes couvraient d'un voile harmonieux
Les traits de celle que j'adore...
Hélas ! et son amour peut-être s'évapore.
Comme, après les touchants concerts.
Mourait dans le vague des airs
La voix de l'instrument sonore.
Le voilà, ce lit enchanté,
Où, vers l'alcôve solitaire,
La décence et la volupté Se laissaient doucement guider par le mystère!... Mais, du. vide effrayant de mon cœur oppressé,
J'aperçois un dernier emblème, Dans ce cercle où du temps le cours semble tracé : L'airain qui frémissait, lentement balancé. Reste immobile... Ainsi, loin de l'objet qu'on aime
La marche du temps a cessé !
68 OEuvres de Millevoye.