I. M. le duc de Nivernois
Sur P Elé £rie.
et des Elt'gies à sa femme, que, par viaîheur , je ne lui ai point entendu réciter.
L'esprit est loin de suffire à l'Elégie ; le talent même n 'y suffit pas toujours. Pour rapprocher les exemples, qu'il me soit permis de franchir quelque espace, et de rappeler les essais élègiaques d'un poète ^, Justement célèbre à plus d'un titre, et dont notre époque doit s'honorer, tout en signalant ses erreurs. Des imitations souvent heureuses de Tibulle et de Properce; des vers bien faits, mais trop ambitieux j des expressiojis fortes, mais hors du genre; des tours hardis, mais forcés, et plus latins qiu français; l'attirail usé de la vieille poésie , qui n'est pas la poésie antique; un style laborieux et tendu; quelquefois de l'élégance, rarement de la grâce, presque jamais de naturel; et, à travers les f ailles, des morceaux qui étincellent de beautés : tel est à peu près le jugement qu'en a porté la critique la moins rigoureuse, et que je crois même encore avoir adouci. On avait aussi remarqué que l'auteur exprimait avec plus d'effort les passions douces que les mouvements d'une âme irritée. La dernière de ses Elégies eri est la preuve : elle s'adresse à Némésis, non l'une des beautés chères à Tibulle, mais la déesse implacable des vengeances, jamais la virulence de la haine ne fut poussée plus loin que dans cette pièce brûlante de verve et d'animosité. Jamais la satire ne frappa ses victimes, d'un fouet plus sanglant. Mais quelles victimes avait choisies le poète, le poète élégiaquc!