‹ ŒuvresChapitre 98 sur 192 · CHANSONS · texte numérisé non relu

CHANSONS

L'IiSSOMNIE DE L'AMOUR^

Dans les annales d'Idalie, Mes amis, j'ai lu que l'Amour, Par une cruelle insomnie, Se vit près de perdre le jour.

Ce récit n'est pas vraisemblable, Mais il n'en est pas moins réel ; Car, quoi que nous dise la Fable, Non, l'Amour n'est pas immortel.

Dans son ardeur impatiente, Il s'épuisait en vains efforts, Et d'une fièvre dévorante Il éprouvait tous les transports.

Jusque sur le sein de sa mère,

I. Publié, sans nom d'auteur, dans le Chansonnier des Dames otc les Etrennes de l'Amour (Paris, Pillot, 1801, in-i8), que rédigeaient Millevoye et J.-J. Lucet ; puis, réimprimé deux fois, toujours anonyme, dans VAlmanach des Muses àQ 1801 et de 1804.

OEuvres de Millevoye.

Il était sans cesse agité :

On sait que l'Amour ne dort guère

Entre les bras de la beauté.

On crut que le jus de la treille Pourrait lui servir de pavots ; Bacchus d'abord promit merveille, Mais pour l'Amour point de repos.

En vain, courant de fête en fête, Il avait le cerveau troublé; En perdant tout à fait la tête, Il n'était que plus éveillé.

Un jour, aux leçons de Minerve, Quelques dieux s'étaient endormis.

Aussitôt Vénus, qui l'observe, Songe aux souffrances de son fils ; A l'école de la sagesse On l'envoya, pour l'assoupir :

Le pauvre enfant bâillait sans cesse.

Mais jamais il ne put dormir.

Enfin, le mal qui le dévore Peut-être eût terminé ses jours, Lorsqu'auprès du dieu d'Epidaure Vénus implora du secours.

Pour cette douleur obstinée.

Le dieu ne donna qu'un conseil, Et dans le lit de l'Hyménée, L'Amour rencontra le sommeil.

Chansons. 257

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