L'AMOUR ET LES GRACES
A l'ombre d'un myrte fleuri, Échappé des bras de sa mère, L'Amour reposait endormi, Quoique l'xVmour ne dorme guère.
Les Grâces jouaient près de là, Sans le soupçonner au bocage :
Par malheur, l'Amour soupira...
Il n'en fallut pas davantage.
A l'aspect de ce jeune enfant :
« C'est l'Amour ! » s'écrièrent-elles.
Fuir est leur premier mouvement :
C'est celui de toutes les belles.
Cependant l'Amour est si beau !
Mais les Grâces sont si craintives !
N'importe, un sentiment nouveau Rassure les trois fugitives.
Regardez quel air innocent
Se peint sur sa bouche vermeille !
I. Publié, sans nom d'auteur, dans le Chansonnier des Dames ou les Etrennes de l'Amour (Paris, Pillot, 1802, in-i8), dont les rédacteurs étaient Millevoye et J.-J. Lucet. I. 17
258 Œuvres de Alillevoye.
Et puis, que craindre d'un enfant, D'un enfant surtout qui sommeille?
, Cependant l'Amour est si beau !
Mais les Grâces sont si craintives !
N'importe, un sentiment nouveau Rassure les trois fugitives.
« Mes sœurs, est-il bien endormi?
Dirent les Grâces en alarmes.
Peut-on réunir comme lui Tant de malice et tant de charmes ! Gardons-nous de lui pardonner ; Saisissons ses flèches cruelles :
Mais il faut d'abord l'enchaîner, Car vous voyez qu'il a des ailes. »
Elles approchent tour à tour, Mais tout doucement et pour cause.
Hélas ! pour éveiller l'Amour, Il faut souvent si peu de chose !
Déjà l'enfant ne dormait plus...
Bientôt l'effet suit les menaces :
Il résiste... efforts superflus !
On ne résiste point aux Grâces.
« Ah ! leur dit-il, point de courroux; Brisez mes traits, séchez vos larmes.
Puisque l'Amour est avec vous, Il n'a plus besoin de ses armes. »
Chansons. 259
Partout, depuis cet heureux jour, Des trois sœurs le dieu suit les traces : Elles embellissent l'Amour, Et l'Amour embellit les Grâces.