‹ ŒuvresChapitre 26 sur 32 · LES CRÉTINS · texte numérisé non relu

LES CRÉTINS

Voici encore un sujet que je me propose à traiter. Je ne conçois pas que les Suisses , qui vivent autour d'eux, et qui sont gens de lettres et observateurs, ne nous les aient pas fait connaître. On prétend que la famille du Valais, qui n'a pas son Crétin en est de fort mauvaise humeur. Il est clair que c'est une assez pau^ vre petite fable qui ne valait pas la peine d'être inventée, et que personne ne peut croirequ'un monstre lui porte bonheur. Le goitre qu'ils ont de commun avec tant d'autres, surtout dans les montagnes, à cause de l'eau de neige fondue, n'étant point compressé par leur vêtement, puisque j'ai vu ces monstres se traî-

(1) C'est le nom qu'on donne dans le haut Valais à des êtres disgraciés de la nature, dont la plupart sont goitreux, muets, imbéciles et si mal organisés, qu'ils n'ont aucune sensation, aucune idée et passent leur vie sans changer de place.

im ŒUVRES m pmmt de ligne,

ner tout nus sur leurs genoux au soleil, sgoute cette difformité à leur laideur. Pourquoi et d'ofi viennent tant de sourds et muets ! Ceux-ci poussent quelquefois un cri sombre et inhumain. Inaccessibles à toutes les sensations, il m'a paru qu'il n'y avait que le bel astre qui nous éclaire qui fît impression sur eux. On m'a dit qu'ils s'approchaient quelquefois les uns des autres, peut-être par hasard, avec des reins presque sans ressorts, pour en chercher les rayons presque en troupeaux. L'indifférence des parents, des médecins, des philosophes; je dirai plus, des prêtres mêmes, à cet égard, m'a toujours étonné. C'est donc aux limbes, selon notre religion, que ces pauvres diables sont condamnés. Les païens n'en auraient sûrement pas voulu dans les Champs- Ëlisées : Épicure et les autres fameux ou élégants de ce temps-là ne se seraient pas souciés de rencontrer dans leurs promenades des objets si hideux, et humiliants pour la condition humaine.

Nous nous enorgueillissons d'être supérieurs, par notre ûme immortelle , à des singes qui ont souvent plus d'esprit que nous, à des abeilles qui ont de meilleures lois, à des castors qui savent mieux leur métier, à des fourmis qui entendent mieux leurs affaires. Mais c'est dommage qu'un Crétin ait la même âme que Périclès et Aspasie; et, puisqu'il l'a, c'est bien fait qu'il soit heureux pendant l'éternité, pour le dédommager du malheur de ce monde-ci. Que de gens d'esprit, à leur mort, troublés par des remords, et inquiétés par la crainte des supplices

éteraels, voudraieat n'avoir été que des Crétins pendftfit leur vie! U est singulier de voir presque un peuple de Nabuchodonosors. Je ne Tai jamais vu que dftns une estampe de l'abbé de Royemont; mais il avait encore plus la figure humaine, et le cuir moins tanné. Des bains, des électricités, des inoculations, même des maladies , ne pourraient-elles pas agiter, faire circuler ce sang qui met vraisemblablement leurs facultés en stagnation? Il faudrait essayer, si cela ne réussissait pas, les abbés de l'Épée; point pour faire faire les mêmes tours qu'aux petits enfants, qui me rappellent ceux qu'on apprenait à la chienne savante, et qui ne servent qu'à les faire apercevoir de leur malheur. On pourrait les employer peut-être à quelque ouvrage machinal. Ils porteraient, traîneraient, rouleraient. Il faudrait peu de conventions avec eux pour en tirer parti; un signe ferait assez d'effet. Qu'importe qu'ils sachent écrire et dessiner? un doigt servirait de professeur ; un sourcil froncé, de* correcteur : point de papier, ni ardoise, ni crayon; mais des instruments de labourage, par exemple. Et que sait-on? si l'on peut parvenir à aligner ces pauvres malheureux, un bataillon de Crétins serait plus sûr, un jour de bataille, qu'un bataillon de gens d'esprit. Si on parvenait à leur faire donner quelque signe de reconnaissance, on saurait peut-être ce qu'ils pensent de l'Être suprême, et cela ouvrirait les yeux sur les pensées innées, mais suspendues. L'humanité, l'état et la religion y gagneraient : et je recommande aux Suisses

wm oEUVHEs DU pmmE m ligne.

de 3*occuper d*uti6 partie de leurs compatriotes;

c'est-à-dire aux gens les plus éclairés de TEurope, de faire plus d'atteiitioa à ceux qui ne le sont pas du tout.

MÉMOIRE SUR PARIS

La nation qui se connaissait le mieux en gloire serait oubliée à présent, comme bien d'autres, sans les monuments augustes qu'elle a laissés à la Postérité. Elle a prévu que l'éclat de ses armes même avait besoin de ce secours. Il y a des faits aussi brillants dans l'histoire de tous les peuples, ensevelis, comme eux, dans un éternel oubli. Il n'y a que ceux qui cultivent les. arts , qui savent s'en garantir. C'est contre le temps , ce destructeur de la nature, qu'il faut s'armer. Les Romains en ont su triompher. A voir les amphithéâtres, les colonnes, les cirques, les aqueducs qui nous en restent, on se douterait presque qu'ils ont pu en même temps avoir des Virgile, des Horace, des Ovide, parce que le génie mène toutes les sciences de front à son char. Ceux-ci n'ont échappé que par le plus grand hasard aux flammes, à la barbarie et à l'ignorance plus barbare encore. Nous aurions perdu les sources de l'améulté dft \v^%

tg4 OEUVRES DU PRINCE DE LIG^E*

mœurSs de la culture de notre esprit, de la philosopliie consolante, du calme de notre îume, de la grâce et du goût, le don le plus précieux de la divinité. Mais les soins pieux do la chrétienté n'ont pu même assez défigurer les vestiges d'un culte si favorable h rimaginatioQ, 'pour nous priver des beaux restes de ridolâtria. En vain des gens grossiers ont-ils voulu, sous rélendard de la > renverser des dieux

aussi aimables que les ya ns dont ils étaient le symbole; des gens aussi ^ants que les moines, mais pas aussi cruels, i; int subsister dans la Grèce les édifices dont le?? lains n*ont été que les imitateurs* Ceux-ci, plus eurs de la renommée, les ont répandus dans touit^ï> les parties du monde connues jusqu'alors. Ceux-là, qui ne travaillaient que pour eux, et dans une assez petite étendue de pays, jetèrent en tout genre les fondements de la gloire des autres qui, plus adroits, plus brigands, plus heureux, soumirent bientôt leurs maîtres et en firent les premiers de leurs esclaves.

La France peut seule aspirer à la gloire de Rome. S'il ne fallait à la guerre que de l'honneur et de l'esprit, il y aurait à craindre de sa part des conquêtes semblables. Mais qu'on se rassure à cet égard. On ne verra pas l'empire des lys s'étendre plus loin que l'empire des roses. Les unes sont trop près des autres pour redouter une ambition incompatible avec les plaisirs. Cette aimable nation sait jouir. Qu'elle jouisse; elle réunit en elle l'héritage de Rome et d'Athènes : qu'elle l'annonce par des

MÉMOIRE SUR PARIS

embellissements dignes de ces deux superbes cités, qui doivent céder à la capitale du plus beau royaume du monde.

Le climat, le sombre, le désert et la distance de Versailles ennuyent tout le monde. La reine de ce pays-là est la gaîté. Celle gui règne à présent Test, moyennant cela, à double titre. La beauté de son àme est peinte sur soti visage; la grâce en dirige tous les mouvements; elle a fair du bonheur, elle rinspire et contribue sans cesse à celui du royaume. Que ses sujets puissent ladmirer tous les jours, ils en deviendront meilleui^s ; que le Loîwre redevienne le séjour des rois, des plaisirs et de la vertu. La cour de la gaîté n'est pas méchante; je viens de le dire. Des fenêtres du palais restauré et embelli, les ministres répandront des bienfaits sur les créatures gémissantes, qui n'ont pas la force de porter leur malheur à Versailles. Quel est celui qui, sortant du spectacle, attendri par une action généreuse, refusera d*entendre îes plaintes d*une veuve opprimée, d*un ofikier maltraité, d*un soldat crible de blessures, d'un lioramc de province qui vient chercher de la justice à Paris? Quand c-e ne serait pas la vertu même qui dirigerait les actions de bienfaisance, le tableau du malheur toujours présent sous les yeux interromprait le bonheur dont on voudrait jouir. Et qu'importe la cause, pourvu que feftet se trouve! On ferait le bien, on empêcherait le mal, et on passerait ensuite tout son temps au plaisir, sans aucun remords.

$m OEUVRES m PRINCE m LIGNE.

En vain représeiîte-tHjn les dangers d'un accès facile, la familiûrité d'une nation légère qui passe aisément les bornes. Le faste nécessaire pour le dehors de la plus belle cour du monde, ioiposera toujours assez, et puis le vrai mérite inspire encore mieux le respect. Leurs enfants seront bien élevés. Que Paris voie, aîme et connaisse ses souverains. Qu'on n'y fasse plus de ces tristes entrées qui ont l'air de la prise d'une vil .

Qu'on blancliisse, ra< » le et purifie VersaiUes, et que, dans les grande irs, on y aille souper,

faire jouer les eaux, y non les fêtes. Mais que le chef-d*cEUvre de Per vienne ce qu'il était,

et serve de modèle poi î qu'il y a à y ajouter.

On fera une place, depuis les Tuileries Jusqu'au vieux Louvre. Cela est tout simple; on doit s'attendre à cela. Tout ce Carrousel, ces baraques, cette rue Saint-Nicaise, déshonorent Paris, par Tindigne petit moyen de faire argent de toot. La grande économie est de n'en pas avoir. C'est l'or qui rapporte de l'or et la magnificence seule soutient une monarchie.

Des extrémités du pavillon de la Comédie Française . des Tuileries, on tirera une ligne de bâtiment qui fermera cette place et joindra le vieux Louvre. La décoration sera dans le genre des deux autres, sans y ressembler tout à fait. Un toit à l'italienne; vis-àvis des guichets, de magnifiques arcs de triomphe; au milieu de la place, une fontaine superbe par ses effets d'eau, sa grandeur et sa dignité.

Depuis longtemps, fair de ruine du vien\ Louvre^. le jîirdin de madame Infante, apportent la tristesse sur un quai où Ton ne doit voir régner que Tordre et la magnifleenoe. Après favoir rendu soigné, décoré, et ravoir débarrassé de tout ce qui le défigure, jusqu'aux ponts Notre-Dame, au Change et Saint- Michel dont il est tout simple d'abattre les maisons, on bâtira, depuis le vieux Louvre jusqu'au Pont-Neuf, une galerie ouverte par eu bas, du même ordre que la colonnade qu'on admire avec tant de raison. Audessus, une colonnade semblable, les logements vers la place, de même que la lace parallèle qui fermera cette place, dont Taulre aile, parallèle h celle de la colonnade qui existe, sera exactement de même et adossée à la rue de la Monnaie. On rasera pour cela toutes les maisons qui sont à présent entre cette rue et le vieux Louvre ; el, pour faire les superbes portiques sous lesquels on puisse se promener jusques-là, toutes les maisons qui bordent le quai. De cette place, t*une des plus belles du monde, au milieu de laquelle il y aura, comme h T autre, une fontaine immense, on ^Murra découvrir la rivière, sous celte galerie qui Imra la première galerie du monde,

11 faut bâtir la place de Louis XV du côté du quai et de celui des Champs-Elysées, de même que les deux bâtiments qui sont à droite et à gauche de la rue Royale. On y entrera de même du côté de la rivière, vis-à-vis de cette rue ; et des Champs-Elysées, par l'allée du pont de Neuilly aux Tuileries. Il y a déjà assez de vide par le jardin; et il est né-

de rcÉtonner la rrrière jusque vis-à-vis à MMitam, 0k je Teux que Paris fiaisse. D buup^ le Cours-la-Reijie. Oo y fera des m- ' le rai, décorées avec tous les attributs elb possiMe. Un toit à TîtalieQûe : polni coamie ceUe de Louvre, parce ^t se rapporter âa sujet et que celui-ci m . se îraïler aussi djgaemeût* Ce bâum^ , ofe il y aura des manèges couverts et pute C3iaiiips-£})^sées du côté de h fifiiK» ciMM la rae St-Honoré fait de Fâutre cM. C«e smnde grille deptiis l'Ecole Militaire jusqu'à h ï défais la Seine juâipi'à œs écuries, et une de toute la largeur des Champs-Élf^ K |«sqii*a0 C^uboiii^ Saint-Houoré, détermioen r--? ^- :-- "*- Vp-^n":':- ^t lu bois de Boulogne, et ira j«4iidre en angle droit une autre ligne, qui enfiennera les augmentations vers Monceaux et celles de la diaossêe diAntin jusqu'à la rue Charonne. Ces deux lignes tirées, bordées de huit rangées d'arbres, îmHit un autre boulevard, dont il ne sera plus permis de sortir pour bâtir, puisqu'il faut finir une fois, et que ne sachant pas se borner, on commence tout ei Ton u achève rien. Le quai soigné jusques vers la Rapèe, y aura une grille fermante , et alignée sur une espèce d'enceinte qui fermera Paris jusqu'au bouievard neuf, qui le terminera, ainsi qu'il fait déjà du côté le la rue d'Enfer et de Vaugirard. On embellini le^ rues qui en sont susceptibles : celle de TouruoiK p;^ exemple, le serait aisément par (le>

MÉMOIRE SUR PARIS

façades uniformes et des toits à Titalienne. Cest ce que je recommande, surtout pour les nouveaux bâtiments à faire. La hourgeoiserie de la tuile et de Tardoise dégrade tout. Que de même les clochers soient défendus, si Ton s'avise de rehâtir des églises : que ve mot le soit presque. Les temples, d'après les anciens et les modernes, comme le bel édifice de Sainl- Côrae, y relèveront la célébration des mystères assez dégradés par les mascarades et les momeries de ceux à qui ils sont confiés. Les obélisques, les thermes, les pyramides, les colonnes placées partout oii il s'est passé quetque grand événement, le consacrera pour jamais à la mémoire. On peut dater de loin, puisque César passa à Paris tout un quartier d'hiver. Les horreurs même des guerres civiles peuvent y avoir place, lorsque quelque grand homme que rhistoire a fait aimer y a eu part- De même, dans les Champs-Elysées qui, sans cela, ne méritent pas d'en porter le nom, je veux voir le buste ou la statue équestre des héros à qui la France doit ses victoires :Condé,Tureniie,MM. de Vendôme, Luxembourg, quelques Rohan, quelques Montmorency, un du Giiesclio, un du Guay-Trouin, même un Bayard, le charmant Gaston, le modeste Gatinat, Tavantageux Villars, le malheureux Créquy, Theureux Saxon, et d'autres dont je ne me souviens peut-être pas dans ce moment-ci. II pourrait y avoir des bosquets dédiés à des actions moins éclatantes, mais plus héroïques que des batailles. Le dévouement à sa patrie du chevalier d'Assas et d'autres traits de cette nature J

aW OEUVRES DU PROJCE DE LIGNE.

s'il en est, [u*on ira chercher dans les archives de Tàme plutôt que dans celles de la gtieFre* D'autres bosquets seraient dédiés à des vertus plus tranquilles, fût-ce même d'un autre état. Ce serait le moyen de les faire renaître de leurs cendres : et comme il y en a peu d'absolument désintéressées dans le monde, l'espérance de passer à la postérité serait un attrait suffisant et très permi: ^ perpétuer dans une

nation sensible, noble ^ ise» Heureuses celles

que des ressorts, ans usants pour d'autres,

peuvent mettre i ^v.

Je viens d'édit i u- ir, édifions pour Tes-

prit. Dans la cour ntu^^c fermée entre les fastueuses colonnades du Louvic, seront renfermées toutes les académies et les bustes de ceux qui ont fait le plus d'honneur et de plaisir : par conséquent, M. de Voltaire, Molière, La Fontaine, Corneille, Racine, Regnard, Piron, Crébillon, Montesquieu, les deux Rousseau, Ilelvétius, etc., etc. L'école des Mœurs et du Grand Monde, l'Académie dramatique sera du nombre. La Comédie Italienne sera dans les nouveaux bâtiments de la place de Louis XV. Les bâtiments publics qu'on peut faire pour l'ordre, le secours et la félicité publique, orneront, par une façade simple, noble et sage, le quai de l'autre côté, partout où l'on voit aujourd'hui de vilains chantiers, des casernes, des élèves, des dépôts, des manufactures, tout ce qu'on voudra.

Je deviens un Chamouzet, sans m'en douter. Mais pourrait-on me dire pourquoi, dans les pays où il

n'y a point de rivière, on voit arriver des navires à trois mâts déposer les richesses du nouveau monde à la porte des commerçants, dans le temps qu'on ne connaît, sur la Seine, que la galiote de Saint-Cloud et le bac des Invalides. Les eaux en sont bien basses dans certains temps de Tannée; mais on pourrait la rendre plus profonde en certains endroits, surtout entre les îles où il y aurait moins* d'ouvrage. Le cours de la Seine jusqu'à la mer n'est pas assez long, pour qu'on ne puisse le soigner. Ce ne sont pas des vaisseaux de guerre que je voudrais faire venir dans Paris (1) : Mais tout, depuis le pont Royal jusqu'à Chaillot, serait couvert de bâtiments marchands, de cinq cents tonneaux, et plus encore, si l'on voulait. Il ne faut que dix pieds d'eau pour un navire de cent dix tonneaux. Qu'on calcule en raison de cela, et sur la crue et la diminution de la rivière. Le point juste, nécessaire pour le genre d'embarquement, pourra se trouver aisément. Si cela, et bien d'autres choses ne se sont pas encore trouvées, qu'on ne s'en étonne pas. Qu'on voie la liste des ministres qui ont gouverné la France depuis que l'Europe a fait des progrès, on n'en verra guère qui aient fait d'autres voyages que de Paris à Versailles, et du faubourg Saint-Jacques au Marais. Aussi, toutes les fois que leur însuflB^ance a été reconnue.

(i) L'amiral Kerguelen, dans des vues patriotiques, a publié un Mémoire où il démontre la possibilité d'établir à Paris un chantier de construction maritime. (Note de i'Édil.)

fflt OEUVRES IK; prince de LICXË.

on m a changé, et Van a bien fait. Je reviens à ma flotte mercantile. Quel plaisir de voir passer les drapeaux de Neptune et de Plu tus devant les vieux et les jeunes drapeaux de Mars; car le Gros-Caillou, rebâti en entier par de riches négociants, deviendrait une petite ville toute entière au commerce, et la continuation d'un port qui commencerait au pont Royal, Cest là qu*on emploiPTait une belle sévérité d'architecture, et que l'on èverait au milieu mi superbe bâtiment en arca* our la bourse.

Je vois Tair obscurci uu utôt éclairé par des pavillons d*or et d'azur; ie v ,s déjà flotter au gré des vents, au milieu s, les banderoles de

toutes les couleurs et m^ luuies les nations; je vois grimper sur les cordais des milli^s de petites bonnes gens plus utiles que les savoyards , et sur les quais, des matelots anglais plus honorables que les jacquets (jockei), qui n*ont servi qu'à apprendre aux descendants des courtisans de Louis XIV à se masquer en palfreniers, et à perdre ainsi leur matinée dans les rues de la capitale.

J'ai déjà mis Rome et Athènes dans Paris; j'y veux mettre Tyr et Babylone même, si j'en ai envie. Les princes y contribueront ; M. le duc de Chartres, surtout , en achevant et rebâtissant mieux son Palais- Royal.

M. le prince de Gondé bâtira, à la même distance de l'ancien hôtel de Lassay, un autre Palais Bourbon : celui-là sera le centre de l'ancien et du nouveau. Le gazon, des balustrades et des masses d'ar-

bres, en les joignant, ôteront la vue et la rudesse de ces bâtiments énormes et très nécessaires au logement de sa maison; et partout dans Paris, où l'œil sera choqué de l'âpreté des pierres qui en rendent quelques parties semblables à des carrières, les plantations et des tapis de verdure égayeront et adouciront le tableau, quand cela ne sera pas contraire à la dignité. 11 faut plaire quelquefois et ne pas toujours étonner; il faut que l'admiration se repose, pour qu'elle soit plus vive lorsqu'on veut l'exciter. Du grand, du majestueux vers le centre de la capitale, on pourra passer au gracieux et descendre même au joli, vers les bords de cette immense cité, où les agréables et les élégantes peuvent renouveler, dans leurs petites maisons, la féerie, les charmes de Sybàris et des iles consacrées à la plus aimal)le des déesses.

La rue St.-Antoine est assez large pour qu'on s'occupe de sa décoration. Une grande place, au lieu de celle de Saint-Michel : il n'y en a pas dans ce quartier. Une autre place dans le faubourg Saint- Germain, vers l'ancienne Comédie Française : toutes en ordres différents d'architecture , et en évitant le même ton qui fatigue même en sa beauté, comme la place Vendôme, la place Royale et celle des Victoires. De la variété, du majestueux et de l'agréable, s'il n'est pas aux dépens de l'autre. Partout des fontaines, des cascades même, si cela est possible, dans quelques endroits; cela purifie, rafraîchit et vivifie tout. La simplicité du mécanisme, qui en est

le triomphe, sait aider à présent la nature et même y suppléer* Que des jeux publics égaient le Luxembourg, abandonné à présent à de vieux diseurs de bréviaires, des nourrices et d'anciennes croix de Saint-Louis. Que tout Paris ait Tair d'une fête ; cela va si bien au caractère des Français! Qu'on imagine une meilleure manière de Téclairer. Plus du tout de supplice à la Grève; ce n'est qu'un spectacle de plus dans Paris et il n'a jamais détourné du crime. Moins de prisons, il y aura plus de bonne foi. Des banques publiques de Pbaraou, plutôt que d*in fûmes tripots o£i l'on craint peu de perdre la confiance des uns et la fortune des autres; moins de loteries, la source des vols domestiques ; des impôts sur le luxe seulement, en encourageant au luxe.

Plus de ces emprunts usuraires et rentes viagères, dont l'opération ressemble plutôt à des jeunes gens de famille qu'à des contrôleurs généraux qui cependant commencent toujours par là, ne sachant que cela apparemment. Et si, pour ne pas faire tout ce que je propose, Ton me prononce ce vil mot d'argent, qui aurait empêché Louis XIV de faire de si belles choses, si Ton avait osé lui en parler, je dirai : Lisez la conversation du Philosophe et du Bostangi, de M. de Voltaire; je dirai : Allez en Russie, voyez l'église d'Isaac, les temples, les hôtels, les ponts de marbre et les quais de granit, le rocher de la statue de Pierre-le-Grand ; calculez les richesses, la population, l'industrie des deux pays et le reflux de la circulation, et rien ne vous arrêtera.

MÉjtfOIRE SUR PARIS. i295

Des ballets; des spectacles au Louvre, dans le genre de Servandoni; des parties de chasse, de promenade et de traîneaux, avec le plus grand faste ; des navigations et surtout des tournois; car il faut faire revenir les beaux temps de la chevalerie, où l'amour et l'honneur élevaient Tâme et donnaient de l'adresse, de la galanterie et de l'audace. Des maisons ouvertes chez tous les gens en place, pour attirer et retenir les étrangers. Des distinctions à la cour, pour ceux qui n'ont pas d'autres moyens pour y être bien traités. Des établissements même pour eux, s'ils préfèrent à leur patrie celle de la grâce, du goût, des beaux-arts et des plaisirs : des mariages même, pour y fixer leurs maisons. Des quartiers ruinés de Paris, rebâtis pour différentes nations. Le culte de toutes les religions; la révocation de la révocation de l'édit de Nantes. Une partie de la richesse du clergé employée à finir tout d'un coup la pauvreté des malheureux citoyens qui se réfugient dans la capitale. Tous ces ouvrages que je viens d'indiquer, leur entretien et leur réparation les feront subsister. Ceux* qui languissent dans les provinces, dont les villes suivront l'exemple de la première du royaume, seront employés à raccommoder les chemins. Rien ne fera rougir l'humanité; et l'esprit, jamais interrompu par aucun tableau désagréable, sera tout au bonheur, la gloire, la reconnaissance et la fidélité^ : on aimera, on servira bien un roi juste; on adorera et on servira avec eiilUow§»\as«sft. une reine qui mériterait d'être eeW^ Ôl>\\s\ssçv^^.

COÊÊÊèqÊÊin

i fit j^ u'ë r. milfré k heti^ dit à Fal^s-Roj/al, cette psxtàmîi un effet cornfm ^MJMT wi peu plus de des milUux aux trois fB^ffi wm hâiir en paraîtra Ëjrjar^m Hmit triste et n'était habité ml mmx iru frurrmi. lî If «rm également partout. Ijt MHk àt ic rjfmfi^T framemisie est un chef-ifcturre; rV«r ut ÀSBk r^w me crn^m ^me m composition inténifnrf. VfTjmimàe m'mmrmit ptimi dû arrêter la décorû- 3^^ «stfnaf. liir f^^Kt^de de U JMtion aurait dû être ^"^tùf izic-înftfîib fm^mm mm^asim à bonibes. f aurais 'Jf*^ «^*f i pmî emi été chargé par la magnificence

MÉMOIRE SUR PARIS. 297

Les environs de la comédie italienne auraient du être traités dans le grand. Il ne faut point de spéculation pour embellir. Les grâces étaient de mauvaises financières. Si le projet de M. Poyet pour VOpéra est suivi, sans dégrader ou faire tomber la dignité des pavillons des Tuileries, et ce genre de toit qui, découpé de cette manière, a beaucoup de noblesse, on aura un beau monument dans le genre antique.

n y a de grands artistes à présent^ excellents à consulter, quelquefois à arrêter et peut-être à corriger. Saint-C&me bien en vue, Saint-Sulpice découvert et achevé. Sainte -Geneviève, quelques petits temples subalternes qu'on bâtit à présent aux saints, aux vierges et à celles qui ne le sont pas, annoncent que le génie est plus que jamais une des divinités tutélaires de la France.

Page 1